Avec des mots, il aura contribué à la chute du régime soviétique…

By 05/08/2008News

Alexandre Soljenitsyne : voilà un nom que la jeunesse européenne méconnait probablement. Et pourtant, il est celui d’un homme qui aura marqué l’histoire de son pays, celle de la Russie soviétique dont l’Histoire retiendra qu’il aura contribué à sa chute. Mais à quel titre ?

Soljenitsyne est né, dans l’hiver caucasien, en 1918. Jeune ‘Rouge’, il adhère rapidement aux idéaux révolutionnaires du régime naissant. Patriote, en 1941, c’est sur le front russe qu’il combat les troupes allemandes alors qu’il est mobilisé dans l’artillerie soviétique. Mais, en 1945, il est arrêté et condamné à huit ans de camp pour avoir critiqué les compétences guerrières de Staline.

Ces années dans le Goulag vont marquer cet homme dans sa chair mais surtout dans son âme. Libéré en 1953, quelques semaines avant la mort de Staline, il est exilé en Asie centrale et commence à écrire.

«Une Journée d’Ivan Denissovitch», son premier livre, sort en 1962. Ce récit d’un détenu ordinaire du Goulag est une onde de choc en URSS. Faisant écho aux souvenirs des millions de gens ayant séjourné dans les camps, Soljenitsyne met des mots sur l’ineffable alors que le Goulag aura encore de belles années devant lui.

Désormais ses autres livres, comme « Le Pavillon des Cancéreux » ou « Le Premier Cercle », ne circuleront plus, en Russie, que clandestinement. A l’Ouest, ils connaissent un grand succès et l’auteur est fait Prix Nobel de Littérature en 1970. Mais l’oeuvre de sa vie sera probablement « l’Archipel du Goulag », fresque historico-littéraire où Soljenitsyne dépeint les camps de concentration soviétiques. Devenu un intellectuel menaçant le pouvoir de Moscou, il est privé de sa citoyenneté soviétique dès 1974 et est expulsé de l’URSS vers l’Occident.

Soljenitsyne, considéré par d’aucuns comme l’un des plus grands penseurs du XXème siecle, aura ouvert les yeux du monde sur les ravages du communisme et de l’univers répressif soviétique. Au grand dam de l’intelligentia européenne de gauche, il établira définitivement le lien entre l’idéologie communiste et le système totalitaire. Son message de liberté, de résistance, de refus de toute compromission avec le régime de Moscou aura ainsi discrédité les sympathisants d’alors à celui-ci.

Mais le dissident reste cependant un homme très paradoxal, probablement par nostalgie à l’ancienne Russie. Clamant le nécessité de libertés en Russie, il ne s’en montrera pas moins critique par rapport aux excès de celles-ci en Occident où il trouva refuge. Et ces dernières années, celui qui avait contribué à la chute du Mur de Berlin et à la fin de l’URSS en aura étonné beaucoup par son soutien à l’ancien membre du KGB, Vladimir Poutine.

Alexandre Soljenitsyne est décédé dans la nuit de dimanche à lundi, à l’âge de 89 ans.

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