BLUE LINE / Covid et libertés : le Dragon chinois est-il un modèle à suivre ?

By 25/01/2021News
par Guillaume Ergo

Le coronavirus SARS-CoV-2, plus connu sous le nom de « Covid-19 » est la cause de la pandémie actuelle ressentie sous la forme de plusieurs « vagues » dans le monde. Parti de la ville chinoise de Wuhan, dans la province d’Hubei, ce virus s’est répandu sur la totalité de la planète vers janvier 2020 avant d’être déclaré pandémie par l’Organisation mondiale de la Santé le 11 mars 2020. Comment se fait-il que les Chinois pourront fêter cette année leur Nouvel An tandis que les Européens ont dû modifier leurs habitudes pour célébrer la Nativité et la Saint-Sylvestre ?

 

Le totalitarisme comme remède ?

Pour lutter contre la pandémie, le gouvernement chinois a décidé, après avoir tenté de dissimuler le début d’épidémie, de « mener une guerre du peuple contre le virus » selon les termes du président Xi. Pour ce faire, les autorités chinoises se sont autorisées des mesures drastiques : interdiction de sortie de domicile, interdiction des rassemblements, suspension de toute circulation des transports en commun, interdiction de déplacement en voiture…. À cela s’ajoute la création d’une application de tracing destinée à surveiller les personnes contaminées et la propagation du virus. Sans le feu vert de cette application, il n’est pas possible de faire ses courses ou de prendre le métro ; des gestes banals soudain contrôlés par les autorités.

Viennent se greffer en plus des interventions policières brutales, une surveillance par drone qui ne sont que les exemples visibles d’un appareil répressif mis au service de la lutte contre la pandémie.

Pourtant, les résultats de ces restrictions de nombreuses libertés semblent prometteurs : la propagation du virus a été limitée, voire éradiquée du sol chinois. Le nombre de contamination s’est stabilisé tandis que le nombre de décès s’est avéré plus réduit que ce à quoi on pouvait s’attendre. Passons le fait que les chiffres ont certainement été trafiqués par le pouvoir communiste en place, il n’en demeure pas moins que la Chine a maîtrisé l’épidémie contrairement à ses rivaux occidentaux.

L’Occident… Nous n’évoquerons pas les États-Unis et sa gestion « spéciale » du Covid-19 pour nous concentrer sur l’Europe et notre cher Plat Pays. Quel contraste nous avons offert et offrons avec la Chine !

L’État n’est fort que par ses libertés

Pourquoi avons-nous dû renoncer à nos libertés ? Comme dans chaque crise, il est bon d’en revenir aux questions et aux notions fondamentales.

Qu’est-ce qui a changé entre la Chine et les nations d’Europe et même entre certaines nations voisines ? Comment se fait-il qu’en Europe continentale, l’Allemagne ou la Suisse s’en sortent mieux que la France, l’Italie ou la Belgique ? Pourquoi constate-t-on que des pays asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, Singapour ont mieux géré la crise du covid ? Ce ne sont pas nos libertés mais nos failles stratégiques qui nous ont mené à cette Bérézina. D’une part, nos dirigeants ont confondu l’art de tout interdire avec l’art de gouverner. D’autre part, nos contrées souffrent depuis des décennies du mal de la désindustrialisation.

La pandémie n’a pas dégénéré en crise parce que les amis se retrouvaient entre eux, parce que les familles se réunissaient, parce que les gens faisaient société dans les commerces, les restaurants, les bars, les lieux de fête. Non, cette pandémie nous a mis à genoux parce que nous avons manqué de moyens de la combattre.

En Europe, seuls dix sites produisent des masques de protection. En 2018-2019, nous manquions de plus de 350 « médicaments d’intérêt thérapeutique majeur ». Sur l’ensemble de nos médicaments, 80% d’entre eux sont fabriqués en dehors de l’Union européenne. On n’a pas une seule usine de paracétamol de Lisbonne à Varsovie. Quand nous avons voulu faire venir de l’étranger des masques, ce sont sur des aéronefs russes qu’ils ont été transportés.

Nous avons choisi la désindustrialisation. Nous nous sommes privés d’un tissu industriel performant et innovateur. Nous avons privilégié les flux au détriment des stocks. Nous avons fait grandir un système de protection sociale très généreux sans s’appuyer sur de la croissance pour l’alimenter. 

On peut faire parler les chiffres comme contre-modèle. Le secteur secondaire, industriel pèse 24% du PIB allemand. En Suisse, c’est 22% de la richesse nationale qui provient de ses industries.

Il faut donc se réindustrialiser rapidement et massivement. En commençant dans le secteur du médicament. Ainsi, on créera des emplois. On améliorera notre balance commerciale. On protégera notre santé. Nous recouvrerons par le fait même notre puissance et notre liberté.

Pour ce faire, il est temps de mettre au placard les réglementations paralysantes de la Commission européenne et d’alléger cette chape de plomb fiscale qui pèse sur les créateurs de richesse que sont nos entreprises mais aussi nos ménages !

Par ailleurs, il est vital de bien comprendre que certains secteurs s’avèrent tout simplement trop importants pour être laissés à la seule main du marché. Si personne ne veut s’y risquer, c’est à l’état d’encourager à le faire ou à y investir lui-même.

Secteur public et secteur privé ne doivent plus se regarder en chien de faïence. Le secteur public est un acteur qui a la capacité du temps long tandis que le secteur privé permet d’utiliser et de diffuser au mieux les avancées technologiques. Le potentiel d’efficacité de cette complémentarité n’est plus à démontrer : les partenariats public-privé ont été utilisés avec succès par le passé et doivent être considérés et encouragés beaucoup plus sérieusement.

Recréer une industrie, c’est diminuer le poids des dépenses sociales qui pèsent sur l’ensemble de la population et renouer avec un cycle vertueux. Un emploi créé dans le secteur secondaire génère deux emplois dans le secteur tertiaire.

Avec des industries, nous aurions pu produire des tests sanitaires rapidement et massivement. Les autorités publiques auraient eu des stocks stratégiques de masques et de gel hydroalcoolique à distribuer à l’ensemble des citoyens, à l’instar des stocks de carburant.

Ensuite, il faut « miser » sur la matière grise. Il s’agit de soutenir les universités, les centres de recherche et développement. Plus que jamais, l’innovation est une clé pour l’avenir durant cette période de grands changements. Si l’Allemagne a pu disposer de tests rapidement, c’est peut-être parce que c’est un Allemand qui en a déposé le brevet…

Enfin, il faut repenser nos hôpitaux. Ils doivent devenir des lieux de soins de haute technologie et non des dispensaires submergés par des patients en besoin de soins courants et ne les trouvant pas chez des généralistes disparus. Néanmoins, des lits supplémentaires et des effectifs renforcés de soignants demeurent indispensables.

Ce n’est qu’à ces conditions que nous pouvons réaliser le fameux triptyque répété ad nauseam par les experts : tester le maximum de personnes, isoler les infectés et les soigner dans les meilleures conditions.

S’il y a bien une leçon à retenir de la Chine, c’est la capacité de réaction de son gouvernement. À son initiative, ce ne sont pas moins de 14 000 points de contrôle sanitaire qui y ont été implantés dans l’Empire du Milieu, sans compter la construction en un temps record d’un hôpital dédié uniquement au traitement des patients covid.

De défaite en défaite jusqu’à la victoire finale ?

Vouloir arrêter une épidémie avec un confinement généralisé, cela revient à se jeter dans l’eau en espérant stopper la mer avec ses bras. C’est illusoire, inutile et un franc gaspillage d’énergie. Les confinements généralisés ne font que retarder l’échéance des « vagues » sans permettre de trouver de solutions pérennes.

Les solutions ne résident pas dans les brimades faites aux citoyens mais se trouvent dans l’incroyable volonté de résilience, de liberté, de responsabilité et de solidarité des Belges.

Le dragon chinois n’est pas un exemple à suivre pour le lion belge. Mais celui-ci doit comprendre qu’il lui faudra des griffes, des dents et un rugissement digne de ses pairs pour s’en sortir.

Les épidémies ont toujours existé dans l’Histoire. Il nous revient maintenant de les combattre sans sacrifier ce que nous sommes et nos principes fondamentaux. Pour cela, nous devons combler nos lacunes et les failles de nos systèmes qu’a révélées cette pandémie. En redécouvrant les notions d’innovation, d’audace et d’indépendance, nous retrouverons nos chères libertés.

 

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