BLUE LINE / Islamisme et valeurs européennes : un contraste identitaire ?

By 04/02/2021News
par Mikaël Hosseini

« La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison » disait Jean Jaurès. Depuis 2012, l’espace Schengen est frappé par des attaques terroristes commises par des nationaux qui visent leur propre pays. En 2015 avaient lieu les attentats symboliques de Charlie Hebdo qui ont créé une vague d’émotions et de sentiments d’appartenance nationale à travers la France et l’Europe. L’idée du « plus jamais ça » se versait chaudement sur les visages et circulait dans toutes les pensées. Pourtant, cinq ans plus tard, nous avons l’impression que rien n’a changé. C’est l’occasion de comprendre ensemble le pourquoi du comment nous en sommes arrivés là. Nous passerons en revue le champ d’application de la liberté d’expression en Europe, principe phare de la Convention européenne des droits humains. Mais surtout, nous verrons pour quelles raisons nous ne sommes pas frappés « pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes, à savoir des êtres libres, libres de rire, de se moquer, de critiquer et de prendre du recul par rapport à la religion », pour reprendre les mots du philosophe libéral Corentin de Salle.

Fondamentalisme

En 2015, une étude du Berlin Social Science Center (BSSC) publiée dans le Journal of Ethnic and Migration Studies révélait que plus de la moitié des musulmans de Belgique seraient fondamentalistes. En effet, trois affirmations ont été soumises à 1200 personnes qui se considèrent comme musulmanes dans notre société : primo, les musulmans doivent retourner vers les racines de la foi ;
secundo, il n’y a qu’une seule interprétation du Coran et chaque musulman doit s’y tenir ; tertio, les règles du Coran sont plus importantes que les règles du pays dans lequel je vis. Les chercheurs de l’enquête estiment comme fondamentaliste quiconque ayant répondu par l’affirmative aux trois questions, ce qui correspond à la moitié d’entre eux. Ainsi, selon l’auteur néerlandophone de l’étude, le sociologue Ruud Koopmans (expert en immigration et en intégration sociale), il est tentant de croire qu’il existe un conflit intercivilisationnel entre les musulmans radicaux et les valeurs occidentales, mais « il s’agit en premier lieu d’une guerre civile au sein de l’islam, à savoir entre un groupe qui pense que la seule interprétation possible de l’islam date de l’an 700, et le groupe qui estime que l’islam est adapté à un état de droit démocratique ». Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas admettre qu’il existe en Belgique un communautarisme ethnique et religieux dû à l’échec du système d’intégration. Si nous partions du postulat mis en évidence par l’étude du BSSC, la moitié des musulmans belges ne seraient évidemment pas des terroristes en puissance. Cela va de soi. Toutefois, il suffirait simplement qu’une personne déséquilibrée ait été endoctrinée par un discours haineux sorti de la bouche d’un prédicateur résolument antidémocrate et totalitariste pour que des attentats terroristes puissent se produire au sein de l’espace Schengen.

Principe et limites de la liberté d’expression

Qu’on soit Charlie ou pas Charlie, la liberté d’expression que tout démocrate se doit de défendre est celle où personne ne mérite de mourir pour avoir partagé son savoir, exprimé son opinion ou réalisé un dessin. Si bien que dans un État de droit, la religion n’est pas à l’abri de la critique ou de la moquerie. Dans une démocratie, la religion est considérée comme une opinion. Il en va du droit de chacun de pouvoir critiquer n’importe quel aspect de quelque doctrine politique, philosophique ou religieuse. L’humour, la dérision et le sens critique constituent non seulement des droits fondamentaux qui permettent la culture de l’esprit critique, mais qui fournissent aussi les armes nécessaires afin de combattre le fanatisme sous toutes ses formes. En effet, la liberté d’expression est la plus complexe des libertés à appliquer car elle insinue que nous devrions accepter ce qui est dit ou dessiné même si cela nous vexe personnellement. Ainsi, les seules limites qu’on puisse porter à la liberté d’expression sont celles établies par la loi. La liberté ne peut en aucun cas servir à insulter, diffamer, harceler ou propager la haine. Il va de soi que ces violations de la liberté d’expression sont des délits qui doivent être punis par la loi.

Un ennemi commun : l’islamisme

L’ennemi commun des pays démocratiques dont il est ici question n’est pas l’islam, mais l’islamisme. Ces deux termes sont substantiellement différents. L’islam est une religion monothéiste abrahamique au même titre que le judaïsme ou le christianisme. Par contre, l’islamisme est une idéologie politique née au début du XXe siècle en Égypte et en Iran, respectivement avec les Frères Musulmans et les Fedayin de l’Islam, plus communément traduit par « Dévots de l’Islam ». Alors que l’islam est une religion qui, comme toutes les autres, se pratique dans un cadre spirituel, l’islamisme quant à lui a pour objectif d’islamiser le monde entier pour le conquérir, non seulement par des moyens politico-juridiques en promouvant un remplacement du droit civil par le droit chariatique, mais aussi par une forme de violence armée. En résumé, l’islamisme est une idéologie totalitariste au même titre que le nazisme, le fascisme ou le communisme, qui tous sont responsables d’attentats terroristes à travers le monde. En guise de comparaison, la distinction substantielle entre l’islam et l’islamisme est semblable à celle entre l’écologie et l’écologisme.

Quels moyens pour lutter contre le terrorisme ?

Au cours des vingt dernières années, la nationalité belge a été octroyée beaucoup trop aisément à de nouveaux arrivants qui ne partageaient pas forcément nos valeurs de liberté et de démocratie. Depuis 2014, le renforcement des conditions d’acquisition de la nationalité belge par le gouvernement Michel fut perçu comme un signal positif à tous les démocrates qui aiment leur pays. Pourtant, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir afin de lutter à l’avenir contre le fanatisme religieux sous sa forme la plus dangereuse. Outre la création d’un parcours d’intégration efficace pour les immigrés, conjuguée d’une glorification de la cérémonie de naturalisation qui présenterait l’acquisition de la nationalité belge non comme un simple droit mais comme un réel privilège, l’État devrait prendre des mesures fermes mais nécessaires afin d’anéantir en Belgique l’idéologie totalitariste islamiste ainsi que le terrorisme qui en débouche. D’abord, l’ensemble des partis politiques belges devraient condamner les comportements communautaristes et séparatistes religieux. Ensuite, l’État belge devrait couper les financements et dissoudre toutes les organisations qui vantent les mérites de l’islamisme. Puis, tous les fichés S reconnus comme potentielles menaces qui disposent d’une autre nationalité que la nôtre devraient en être déchus et expulsés vers leurs pays d’origine. La prochaine étape serait de fermer toutes les mosquées clandestines ainsi que celles à l’intérieur desquelles officient des prédicateurs qui propagent des discours de haine à l’encontre de la démocratie, des principes universels des droits humains et des libertés fondamentales ainsi que des propos racistes, sexistes, homophobes et antisémites. Enfin, condamner systématiquement ces prédicateurs totalitaristes ou bien les déchoir et les expulser dans le cas où ils seraient naturalisés ou binationaux. Pour finir, l’État devrait encourager la formation des ministres de culte belges prioritairement en Belgique.

En définitive, la manière dont une religion est pratiquée dans un pays doit être propre aux us et coutumes de ce pays. De même, la liberté d’expression chère aux démocraties libérales est celle qui constitue un des principes fondamentaux des droits humains, mais qui se délimite par l’adage : « Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Il est dès lors devenu primordial de défendre les musulmans démocrates contre ceux qui croient que l’islam est incompatible avec nos valeurs européennes. Pour cela, nous devons punir les responsables religieux et prendre des mesures fermes à l’égard des lieux de culte qui sont instrumentalisés afin de véhiculer des messages de haine en lieu et place de faire vivre la spiritualité de nos concitoyens. Car si nous tenons à ce que nos démocraties libérales, si bienveillantes et porteuses des idées des Lumières, ne cessent jamais d’exister, il faudra vraisemblablement qu’elles restreignent la liberté des ennemis de la Liberté. ν

 

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