BLUE LINE / Libertés et GAFAM : un oxymore ?

By 28/01/2021News
par Alban Duraku et Jak Jakaj

Internet est l’une des plus grandes révolutions de l’histoire humaine. Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché à explorer d’autres mondes, voire d’autres univers. La naissance d’internet nous a permis de découvrir un monde, virtuel, sans limite. En effet, la multitude de choses que l’on peut y trouver nous amène à constater que ce qui nous motive, c’est notre liberté de choix et de « mouvement », dans un endroit infiniment vaste.Cependant, la liberté qu’on aurait pu trouver en théorie sur internet s’est vu confrontée à l’émergence, que disons-nous, au raz-de-marée des GAFAM.

Mais que représente leur réelle influence dans le monde numérique ?

Que ce soit Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft, aucun d’entre eux ne se limite qu’à un seul service. Leurs tentacules s’étendent partout. De la vente, de la publicité, des plateformes vidéos, des smartphones, des ordinateurs et intelligences artificielles, des réseaux sociaux… tout ce qui touche au digital est dominé par ces sociétés privées. À tel point que pour s’aventurer et exploiter internet de manière intuitive et efficace, la seule solution est d’utiliser les services proposés par ces derniers.

A-t-on vraiment le choix de ne pas dépendre d’une de ces GAFAM ?

Prenons le cas de Facebook (qui possède Instagram, WhatsApp et Messenger). Rares sont les personnes n’utilisant pas un des services proposés par la firme de Mark Zuckerberg. La publication de photos, l’envoi de messages, l’utilisation d’un réseau social… tout cela sous la bannière d’une seule société privée.

Allons encore plus loin ! Combien de sites internet vous proposent de créer un compte en utilisant votre compte Facebook (ou compte Google) ? Certes, cela a un aspect pratique de s’enregistrer sur une plateforme en ligne via nos comptes préexistants. Par souci de gain de temps, grâce à (ou plutôt à cause de) Facebook, nous évitons de réintroduire nos données sur un nouveau site. Néanmoins, sachant qu’il est devenu indispensable pour toute personne « connectée », le réseau social collecte ainsi ces données et s’enrichit de toutes nos informations personnelles qu’il revend à des sociétés privées qui les analysent à leur tour dans un but commercial ou autre. L’exemple le plus frappant reste le scandale de Cambridge-Analytica, cette société ayant collecté sur Facebook les données de dizaines de millions de personnes dans le but de cibler la diffusion de contenus politiquement orientés.

Même le monde de l’emploi est affecté par cette position de dominance. LinkedIn, réseau social incontournable pour les recruteurs et les employeurs, appartient lui-même à Microsoft. Pourtant, bien des personnes vous diront que LinkedIn est important pour votre carrière professionnelle. Le monde des humains est frappé de plein fouet par les GAFAM et leur monopole. Le choix est simple mais contraignant : ou vous entrez dans le monde des GAFAM et bénéficier de tous ces différents services ; ou vous les évitez mais y serez quand-même confrontés, tôt ou tard.

Notre liberté se restreint à décider du moment auquel on adhèrera in fine à ces services.

Cette mainmise totale des GAFAM sur notre mode de vie s’est davantage accentuée pendant cette période du Covid-19, période pendant laquelle une des plus grandes activités de notre quotidien a été d’utiliser notre smartphone et jongler entre Facebook, Google, Instagram, etc.

À l’heure où notre liberté de mouvement a dû être restreinte pour des raisons sanitaires, l’achat en ligne a été une échappatoire nous permettant d’avoir une sorte de contact avec le monde consumériste dans lequel nous vivons. Étant donné que nos commerçants préférés étaient tous fermés, nous étions nombreux à nous rediriger vers l’achat en ligne. Et qui d’autre qu’Amazon pouvait combler ce manque de contact, totalement factice, avec le monde extérieur ?

Cette plateforme, sur laquelle le bonheur de chacun peut être trouvé, a vu son chiffre d’affaire pour le deuxième trimestre de 2020 augmenter de 40%.

Rien d’étonnant lorsqu’on sait que notre accès au monde extérieur était très limité.

Entendons-nous bien, le commerce en ligne n’est pas une chose à jeter par la fenêtre mais, dans les circonstances actuelles, la société de Jeff Bezos a dominé et a été la seule à pouvoir répondre à la demande de ses clients. Ce qui a entrainé une consommation accrue vers Amazon et a laissé les petites sociétés dans une situation encore moins viable face à cet ogre numérique.

Dans un monde sans concurrent, Amazon, déjà roi dans son domaine, est devenu, grâce au Covid-19, empereur.

Libres, nous souhaitons l’être, mais soumis à nos réflexes de consommateurs, nous cherchons les prix les plus faibles et les livraisons les plus rapides. Cette attraction pour les services de notre caverne d’Alibaba (sans jeu de mot), nous fait entrer dans une spirale dans laquelle Amazon parait être la seule réponse évidente.

En somme, nous arrivons dans une situation dans laquelle nous sommes mis à nu face à des sociétés qui connaissent tout de nous. Ces firmes savent à qui nous nous adressons, quels sont nos produits de consommations préférés, où nous sommes, ce que nous publions, etc.

Ils savent, en outre, que quoi qu’il arrive, nous utiliserons leurs produits. 

Malgré toute cette emprise et influence sur nos vies, nous ne sommes pas totalement laissés à l’abandon face aux GAFAM. Les États essaient de plus en plus de réguler leur position dominante et c’est dans cette direction que compte s’inscrire l’Union européenne.

Tout d’abord, l’UE s’est penchée sur la protection de nos informations personnelles et a mis en œuvre un premier outil : le Règlement Général sur la Protections des Données (RGPD), entré en vigueur le 25 mai 2018. Ce règlement permet une plus grande transparence sur la gestion de nos données personnelles par les entreprises et un meilleur suivi pour les particuliers. Grâce au RGPD, nous avons obtenu beaucoup plus de droits sur le traitement de nos données comme le droit à « l’oubli » qui nous permet, dans une certaine mesure, de faire supprimer toute information relative à notre personne des stocks de datas dont disposent les entreprises.

De nouveaux projets actuellement sont en discussion : le « Digital Service Act » (DSA) et le « Digital Market Act » (DMA). Ces nouvelles régulations, discutées en décembre, ont pour objectif notamment d’assainir la concurrence, d’armer efficacement l’Europe contre la position dominante des titans numériques et aussi de protéger les citoyens européens de tout contenu illégal sur les réseaux.

D’un côté, via le DSA, l’Europe vise à ce qu’il y ait une transparence sur les algorithmes utilisés par les GAFAM. Ceci permettra aux utilisateurs de comprendre pourquoi les plateformes leur proposent tels services ou tels contenus. En outre, les utilisateurs pourront avoir leur mot à dire sur ce qui est proposé par les plateformes. De l’autre côté, le DSA s’attaque aussi à un autre volet : les contenus illégaux en ligne (le racisme, l’antisémitisme, la pédopornographie, etc.).

Quant au DMA, la Commission européenne s’est penchée sur l’établissement de plusieurs mesures régulatrices. Différents comportements seront soit interdits soit imposés à ces giga-structures digitales.

À titre exemplatif, nous pouvons citer : l’interdiction d’imposer la pré-installation d’applications sur nos smartphones et ordinateurs ou encore l’interdiction de ne proposer qu’un seul « magasin d’applications » (ex : Apple Store, Google Play…). Le but réel du DMA reste d’établir des régulations antitrust afin de promouvoir un marché libre et permettant aux nouvelles entreprises d’exister et de ne pas se faire phagocyter par l’un des maitres du numérique.

Par ces mesures, l’Union européenne entre d’abord dans une optique de protection afin que nous soyons plus sereins avec le traitement de nos informations et que nous ayons la liberté de choisir quelles informations nous souhaitons divulguer à ces multinationales. Ensuite, elle veut favoriser la création d’un marché concurrentiel non-oligopolistique pour que notre liberté de choix et notre liberté de consommation ne soient pas biaisées par les services de ces énormes firmes.

Ainsi, les instances européennes cherchent à ce que nous redevenions maîtres et libres de ce que nous choisissons de faire ou consommer sur le monde d’internet.

In fine, accorder liberté et GAFAM, est-ce un oxymore ? Ces deux nécessités sont-elles vouées à s’opposer ?

Pour éviter cette réalité, le seul levier pour nous prémunir de cette hydre multiface qui menace de s’étendre toujours plus est le levier politique, avec un grand « P ». En effet, en tant que libéraux, nous défendons la liberté mais nous devons également défendre le courage politique qui dans ces circonstances doit trouver des solutions et une occasion de briller.

Après toutes ces réflexions sur les GAFAM et afin d’appuyer nos dires, cet article a été écrit via un MacBook (Apple), sur un dossier Word (Microsoft), basé sur des recherches faites notamment sur Google, discuté via Facebook et envoyé à notre rédactrice en chef via Gmail. Cela en dit long sur notre dépendance quasi-totale à ces géants du numérique. ν

 

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