BLUE LINE / Rencontre avec la Ministre Valérie Glatigny

By 12/11/2020News

Après une fin d’année académique bien agitée pour les étudiants à la suite des décisions prises à cause du coronavirus, voilà que le début de ce premier quadrimestre s’annonce tout aussi tourmenté. Les étudiants libéraux ont donc contacté notre ministre de l’enseignement supérieur Valérie Glatigny pour une interview « COVID friendly » afin d’éclaircir les différents sujets qui ont fait couler (et continuent à faire couler) beaucoup d’encre chez les étudiants. 

 

  • L’enseignement supérieur a cette particularité d’être financé en enveloppe fermée alors que le nombre d’étudiants entamant des études supérieures ne cesse de croitre. Comment maintenir la qualité des formations avec des moyens financiers par étudiant qui ne cessent dès lors de diminuer ? Dans un contexte où les comptes de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont dans le rouge, les pouvoirs publics sont-ils capables d’inverser la tendance ?
    Nous avons fait la promesse, au tout début de ce mandat, de refinancer l’enseignement supérieur. Cette promesse, nous sommes en train de l’honorer.
    Lors du dernier conclave, nous nous sommes engagés à refinancer l’enseignement supérieur à hauteur de 20 millions d’euros (5 millions que nous avions déjà obtenus, auxquels viendront se rajouter 15 millions). Cela signifie que, d’ici 2024, les établissements sont déjà assurés d’avoir 80 millions d’euros en plus que ce qu’ils avaient en 2019.
    Je souhaite également proposer un refinancement supplémentaire l’année prochaine, à hauteur de 10 millions. L’objectif est d’atteindre 50 millions de refinancement structurel progressif d’ici 2024, et nous sommes sur le bon chemin. C’est essentiel : la seule matière première dont nous disposons en Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est la matière grise de nos étudiants. C’est donc un investissement d’avenir que celui de vos cerveaux, les cerveaux des jeunes d’aujourd’hui et de demain.

 

  • Concernant les quotas INAMI, la Flandre souhaite mettre en place sa propre commission de planification afin de déterminer ses besoins en soins de santé ; vous avez également annoncé vouloir faire de même en Fédération Wallonie-Bruxelles. Où en est-on dans ce dossier ? Quel regard portez-vous sur le dossier des quotas INAMI qui voient des étudiants être sacrifiés sur l’autel des quotas alors que la pénurie de médecins généralistes et de certaines spécialités est avérée.
    Je compte proposer un texte au gouvernement d’ici la fin de l’année. Le but est d’objectiver les besoins sur le terrain, de préciser où nous manquons de généralistes et/ou de spécialistes, et de travailler sur les sous-quotas entre généralistes et spécialistes afin de rééquilibrer les différents besoins.
    L’engagement est encore une fois très clair, car nous savons combien il est important pour un étudiant en médecine ayant réussi son examen d’entrée, ayant réussi son parcours, d’avoir le droit d’exercer sa profession. Il est clair que nous serons plus forts en Fédération Wallonie Bruxelles si nous sommes capables d’objectiver la réalité et nos besoins sur le terrain.

 

  •  Et par rapport aux médecins étrangers qui viennent renforcer nos rangs, sommes-nous dans l’optique de les remplacer par nos propres médecins ?
    Non, l’idée n’est clairement pas de supprimer la présence d’étudiants étrangers en médecine. D’ailleurs, nous savons qu’ils sont déjà contingentés. Je suis convaincue qu’en offrant la possibilité à tous nos étudiants entamant des études de médecine de terminer leurs parcours avec un numéro INAMI, les étudiants étrangers seront également mieux acceptés.

 

  • Le décret Paysage, dont les effets pervers ont été dénoncés par nombre d’acteurs – y compris par la FEL –, est sur toutes les lèvres. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet de réforme du décret et notamment, sur votre souhait d’obliger la réussite de la Bac1 en deux années maximum ? Que répondez-vous à ceux qui disent que cette mesure a pour unique but de « responsabiliser l’étudiant face à ses échecs » ?
    Responsabiliser les étudiants n’est pas une mauvaise chose, pour autant que tout le monde politique prenne bien lui ses responsabilités à son niveau. J’ai pris la mienne, en refinançant l’enseignement supérieur. Les intentions du décret Paysage (permettre à un étudiant de progresser à son rythme au travers de l’accumulation de crédits) étaient louables, et je ne veux certainement pas le mettre à la poubelle. Mais nous avons constaté que le décret avait des limites, des « maladies de jeunesse » et des effets pervers. Je soulignerai notamment l’allongement évident du parcours académique, qui a pour conséquence une précarisation des étudiants. Il arrive parfois que certains se découvrent non-finançables après plusieurs années, et qu’une porte se referme définitivement devant eux. Ce que je veux, c’est avoir le plus grand nombre possible de diplômés dans le supérieur. Cela passe aussi par un balisage plus important au début du parcours, pour qu’un étudiant comprenne le plus rapidement possible s’il est ou non sur la voie de la réussite. En parallèle de ce qui a été annoncé, nous allons également travailler sur les aides à la réussite pour qu’elles soient plus importantes et efficaces.

 

  • Notre organisation soutient l’instauration d’un test d’orientation obligatoire, mais non contraignant, au sortir du secondaire. Nous estimons qu’il s’agit, là aussi, d’une manière de responsabiliser l’étudiant dans le futur choix qu’il pose. Pour l’étudiant, les lacunes potentiellement décelées lors du test pourraient également faire l’objet d’un suivi personnalisé/individualisé voire des cours de remise à niveau lors de la première année de baccalauréat. Qu’en pensez-vous ?
    Je suis pour un outil d’évaluation, ou d’auto-évaluation. Cependant, je suis favorable à un test d’orientation strictement volontaire (et donc non obligatoire) et non contraignant. Même si l’étudiant échoue et qu’il a 5 sur 20, il pourra entamer les études de son choix.
    L’objectif n’est pas du tout de faire de la sélection très tôt dans le parcours – ça ne me correspond d’ailleurs pas philosophiquement – mais plutôt d’offrir un outil à l’étudiant qui sort de sixième secondaire et qui, parfois, n’a pas conscience de tous les prérequis nécessaires à la formation qu’il va suivre. Il doit pouvoir s’autoévaluer. Le problème avec l’aide à la réussite, c’est que ce sont les étudiants qui en ont le moins besoin qui y font appel. Il faut essayer de toucher ceux qui ne se rendent pas encore compte qu’ils auraient besoin d’une aide supplémentaire. Il faut savoir que ces aides peuvent porter sur de la matière, mais aussi sur les méthodes d’apprentissage et de prise de notes, dont la maîtrise manque parfois chez certains étudiants n’ayant pas eu une bonne préparation en secondaire.

 

  •  Dans notre proposition, nous sommes pour un test obligatoire à tous les étudiants à la sortie du secondaire. Vous défendez plutôt l’instauration d’un test non obligatoire. Pourquoi ?
    La déclaration de politique communautaire prévoit un test non obligatoire. Je comprends l’intérêt d’avoir un test obligatoire mais je pense que sur ce sujet, il faudra mettre sur la table une proposition équilibrée. Peut-être qu’on pourrait commencer par une auto-évaluation non obligatoire – sinon on rejoint assez vite l’idée d’un filtre. Je pense aussi qu’il faut renforcer les mécanismes d’information aux étudiants, car beaucoup d’entre eux ne sont pas conscients de l’immense offre de formations dont nous disposons en Fédération Wallonie-Bruxelles. Certains s’orientent vers telle ou telle filière parce qu’un ami fait telle ou telle étude, ou parce que leurs parents aimeraient qu’ils suivent telle ou telle formation. Inciter les futurs étudiants à mieux se renseigner est une bonne pratique à encourager.

 

  • Il y a quelques semaines, avec deux autres organisations étudiantes (edH et Défi Jeunes), nous avons rédigé une lettre ouverte qui vous était destinée. Dans celle-ci, nous appelions à l’évaluation du décret Participation tout en déplorant la confiscation et le monopole de la représentation étudiante par une seule entité (la FEF, pour ne pas la citer). Où en est-on dans ce dossier ? Y a-t-il un espoir qu’une représentation étudiante plus démocratique, plus légitime et plus pluraliste puisse voir le jour ces prochaines années ?
    Je suis évidemment favorable à davantage de pluralisme. Je suis convaincue que c’est une condition importante en démocratie, et cela vaut aussi pour la représentation étudiante. Une évaluation du décret a été demandée à l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur) et aux administrations. Nous attendons les résultats d’ici la fin de l’année.

 

  • Les derniers mois ont soumis à rude épreuve les étudiants. On doit d’ailleurs souligner l’incroyable résilience dont beaucoup ont fait preuve lors des dernières semaines de cours et lors des sessions d’examens. Malgré tout, chez certains, la crise sanitaire a engendré, voire accentué, la précarité, l’isolement et l’anxiété… En tant que ministre de l’Enseignement supérieur, quel est le message que vous avez envie de leur adresser ?
    Je sais que les derniers mois ont été éprouvants pour les étudiants et, malheureusement, la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle est en train de s’empirer. Nous faisons encore une fois appel à la responsabilité des étudiants.
    Je vous avais adressé un message de félicitations à la fin de l’année académique. Nous avons pu constater un taux d’abandon inférieur aux autres années (environ 5%), et un taux de réussite légèrement supérieur. Les étudiants ont globalement réussi à rester accrochés à leurs apprentissages, ce qui est une prouesse vu les circonstances dans lesquelles s’est déroulée la fin d’année académique.
    Évidemment, il est très difficile de passer à nouveau ce message ce message de responsabilité, mais je me dois de le passer, tout en leur demandant de respecter les règles mises en place et de continuer à fournir les mêmes efforts. J’aurais souhaité qu’ils puissent avoir la même jeunesse que j’ai pu avoir au temps de mes études.
    J’entends beaucoup parler des jeunes qui ne se soucieraient pas de la santé des plus âgés, du rôle important qu’ils jouent dans la propagation du virus mais, heureusement, ce n’est pas cette réalité-là que j’ai pu constater dans les auditoires.

 

  • Les établissements d’enseignement supérieur ont-ils à leur disposition des moyens supplémentaires pour gérer l’angoisse psychologique potentiellement survenue chez certains étudiants ?
    Nous avons prévu des montants spécifiques pour les établissements pour toute une série de dépenses (gel hydroalcoolique, masques, etc.), ainsi que deux enveloppes de 2.285.000 euros pour venir renforcer les 50 millions de subsides sociaux déjà mis à disposition des établissements chaque année.
    Ces montants pourront servir aux étudiants qui ont un besoin particulier en termes de soutien psychologique ou en termes d’achat de matériel.
    Le message qu’il faut adresser aux étudiants est que, s’ils ont un problème spécifique, ils peuvent se tourner vers leurs établissements. Ils y trouveront des professionnels, comme des psychologues ou des assistants sociaux, qui sont là pour les aider.

 

  • Après ces questions techniques, permettez-nous d’en savoir un peu plus sur la vie étudiante de notre ministre. Quel style d’étudiante étiez-vous ? Pouvez-vous partager vos souvenirs, vos anecdotes quant à votre parcours dans le supérieur ?
    C’est avec beaucoup de nostalgie que j’y repense. J’ai adoré mes années dans le supérieur. Après deux années en langues, j’ai obtenu une licence en philosophie. J’ai ensuite obtenu un diplôme d’études complémentaires en éthique biomédicale.
    J’ai un groupe d’amis avec lequel je suis toujours en contact. Nous étions tous passionnés de philosophie, et nous passions des heures à discuter de philosophes, parfois jusqu’au petit matin. Je dois vous avouer que je suis assez émue d’en reparler. Ce sont d’excellents souvenirs.

 

  • Étiez-vous engagée étant jeune ? Que ce soit dans un cercle ou même dans une organisation/mouvement de jeunesse ?
    J’ai eu la chance de pouvoir faire partie des mouvements de jeunesse. J’étais cheffe louveteaux, et j’ai fait les guides. J’ai également été baptisée à la LUX. Il est vrai que j’adorais faire la fête, et c’est également pour cette raison que je suis triste pour les étudiants de cette année, qui ne peuvent pas vivre de telles expériences. Car c’est aussi la vie à côté des cours qui rendent les années où nous sommes étudiants inoubliables.

 

  • Le mot de la fin : Ayant fait des études de philosophie, pouvons-nous terminer cette interview par votre philosophe préféré ou votre citation préférée ?
    « Ouvrir une école, c’est fermer une prison », disait Victor Hugo. Je suis convaincue que c’est par la formation et l’éducation que l’on favorise l’insertion d’un être humain dans son environnement, et qu’on lui donne l’occasion de découvrir le sens de sa vie, tout simplement.

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