CARTE BLANCHE – Comment pallier les heures d’école perdues pendant le confinement?

By 03/04/2020News

 

Face au coronavirus, il convient de prendre les meilleures décisions dans l’intérêt de nos cadets. Cette crise ne doit pas nous faire oublier qu’ils sont à la fois des enfants ou des adolescents et qu’ils sont aussi des élèves. Dans l’immédiat, prenons soin d’eux et pensons à leur développement personnel. En parallèle, considérons également leurs apprentissages et la fin de cette année scolaire. Car si le confinement se prolonge, une réorganisation de l’école fondamentale et secondaire sera à envisager. Et qui sait, ce que cette triste situation provoque comme urgence mènera peut-être à une réflexion plus large sur les rythmes scolaires.

 

Imaginons intelligemment la fin de l’année

Je pense qu’aujourd’hui, il faut prioriser le bien-être des plus jeunes d’entre nous. Ce sont des éponges et comme les adultes, ils vivent cette période avec angoisse et incertitude. Ne les submergeons pas d’obligations scolaires, ils ont besoin de temps pour appréhender au mieux la situation et se ressourcer au sein du cocon familial. Laissons momentanément de côté les cahiers d’école pour ouvrir la page sur une éducation différente, sur le développement d’autres savoirs et compétences prodigués par les circonstances. De plus, les cours à domicile creusent les inégalités scolaires. Car même si aucun nouvel apprentissage ne peut être abordé, dans les faits, ces leçons et travaux divergent en proportion, teneur et suivi en fonction des établissements et des enseignants. Or, tous les élèves n’ont pas acquis la même autonomie, tous les parents n’ont pas les moyens de s’improviser professeurs, toutes les familles ne sont pas équipées pour l’enseignement à distance. Que ce soit dans le primaire ou le secondaire, une bonne instruction nécessite des échanges, des interactions ; il nous faut attendre qu’ils puissent reprendre le chemin de l’école pour leur donner à tout un chacun un enseignement de qualité.

Toutefois, je crois qu’il serait aussi utile de songer à demain et à la fin de l’année scolaire. Il faudra rattraper voire lisser les apprentissages et diplômer les élèves arrivés au terme de leur parcours. Dans cette optique, prolonger l’école de deux semaines pendant les vacances d’été est une piste intéressante même si cela risque d’être compliqué à organiser. Nous devrions en effet affronter les obstacles qui se dresseraient devant nous : la gestion de l’aspect financier, dont on ne peut hélas totalement se défaire ; la mise en place des épreuves externes certificatives comme le CEB, le CE1D et le CESS(1) ; l’annulation des activités et séjours déjà réservés ; ou tout simplement, la déception face à l’envie de profiter de la vie et de bénéficier de l’entièreté de ses vacances. Mais je dirais que toute situation unique a ses mesures exceptionnelles et que tout problème à sa résolution, même partielle. Pour les deux semaines de prestation supplémentaires, il serait par exemple difficile de revoir à la hausse les salaires des équipes pédagogiques, mais faire appel à leur solidarité tout en proposant une prime de vacances plus conséquente cette année pour reconnaitre leurs efforts pourrait constituer un bon compromis.

Dans l’urgence, je suggère de prolonger l’année scolaire de deux semaines et de raccourcir la période d’examens. Continuons les cours jusqu’à la fin du mois de juin et délivrons aux élèves un bulletin mêlant contrôles continus et examens finaux. Il s’agirait de tenir compte de l’évaluation continue pour les matières qui s’y prêtent et de proposer une session d’examens allégée en début juillet pour les autres. Cette formule permettrait aux élèves d’atténuer le retard accumulé pendant le confinement tout en maintenant la certification des savoirs de base. En outre, je recommande de ne pas perdre ces deux semaines de vacances, mais de plutôt les reporter. Ainsi, chacune d’entre elles serait annexée aux périodes de congé d’une semaine de l’année 2020-2021. Le prolongement en juillet serait alors compensé et inviterait plus largement à repenser à plus long terme le calendrier scolaire.

Revoyons judicieusement les rythmes scolaires

J’ose espérer que cette formule inédite pourrait déboucher sur des décisions plus durables. Allonger l’école de deux semaines en juillet serait en effet l’occasion de revoir les rythmes scolaires et d’enfin mettre en place une idée avancée à plusieurs reprises ces dix dernières années – notamment lors de l’adoption du pacte d’excellence – et défendue par la Fédération des étudiants Libéraux lors d’une précédente campagne(2). Le projet propose de limiter les vacances estivales à 6 semaines et d’alterner de manière régulière des périodes de sept semaines de cours avec deux semaines de pause. Ainsi, en plus des vacances d’hiver (Noël) et de printemps (Pâques), il y aurait aussi quinze jours pour les congés d’automne (Toussaint) et de détente (Carnaval). Remarquons qu’une seule semaine de congé casse le rythme de l’élève sans même lui offrir un véritable repos. De plus, la période hivernale est source de fatigue pour tout le monde. Cette nouvelle répartition permettrait donc une meilleure récupération des apprenants et des enseignants en cours d’année.

Qu’il n’y ait pas de malentendu, je n’invite certainement pas à supprimer des jours de vacances mais bien à les déplacer, à opérer un rééquilibre. Obliger les élèves à passer plus de temps sur les bancs de l’école ne va pas les mener à apprendre plus de choses, ils ont besoin de jours de relâche. Non seulement pour apprendre ce que l’on n’enseigne pas en classe, mais aussi pour assimiler ce qu’ils ont justement appris en classe. Raccourcir les vacances d’été et allonger les périodes de congé intermédiaires permettrait d’une part, d’éviter que les apprentissages acquis ne s’estompent trop lors des six semaines d’inactivité scolaire et d’autre part, de répartir les moments de détente, car les élèves ont besoin de pauses régulières pour intégrer les nouvelles connaissances et recharger leurs batteries.

Je suis consciente qu’il faudrait bousculer notre gestion du temps, nos habitudes de consommateurs et se détacher des rythmes sociaux et professionnels qui sont notamment liés aux fêtes religieuses. Mais rappelons que cette coupure de deux mois pendant l’été remonte à une époque où les nécessités étaient bien différentes. Aujourd’hui, la raison principale de ces si longues vacances est tout simplement économique. Or, il importe avant toute autre considération de tenir compte des réalités des élèves. L’enjeu n’est donc pas tant de vouloir diminuer les vacances d’été qui sont devenues un fait culturel, mais de laisser plus de temps pour les vacances intermédiaires, parce que les écoliers, comme les professeurs, en ont vraiment besoin.

Cette période de confinement, nous ne l’avons pas voulue. Elle perturbe nos enfants et adolescents et elle impose aux écoles des aménagements rapides et désagréables. Devant cette situation sans précédent, faisons tous preuve de bienveillance et de souplesse pour parvenir à passer le cap sans trop de dommages pour nos jeunes. Et au-delà, quand le calme après la tempête sera revenu, osons appréhender d’autres modes de fonctionnement et remettre à jour l’organisation calendaire des écoles en l’adaptant mieux au rythme d’apprentissage de nos élèves.

(1)CEB = Certificat d’étude de base / CE1D = Certificat d’études du 1er degré / CESS = Certificat d’enseignement secondaire supérieur
(2)https://issuu.com/libertines/docs/fel_brochure_pacteexcellence_210x21

Carte blanche rédigée par Coralie Boterdael dans le cadre de ses fonctions de Détachée pédagogique au sein de la FEL

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