Comment « Le Vif » fait percevoir l’Islam ?

L’hebdo « Le VIF » titre bien mal la couverture de son édition de la semaine. « Comment l’Islam menace l’Ecole« … quelques mots introductifs à un dossier, certes pertinent quant aux questions qu’il sous-tend, mais malheureusement décevant par sa fermeture d’esprit et le lot d’amalgames y grouillant. Voilà une affirmation et une généralisation bien facilement jetées en « Une » d’une presse habituellement reconnue pour son sérieux.

Arnaud Van Praet, Président des Etudiants Libéraux, regrette vivement le choix, opté par la rédaction du « VIF », de dépeindre une telle caricature des étudiantes et étudiants de confession musulmane, de leurs familles et des questions liées à leur présence au sein de l’enseignement neutre de la Communauté française.

Le dossier de cinq pages, présenté comme développant la manière dont l’Islam « gangrène l’école », véhicule une perception unilatérale et incomplète. Si un tel plaidoyer ne fait guère l’éloge du journalisme, libre cependant à la rédaction du « VIF » de verser dans le « pèreubuisme » illustré.

Néanmoins, il nous faut réprouver une telle « étude » dans la présentation qui en est faite. Et de regretter la conséquence directe qu’elle aura d’accentuer un certain malaise identitaire de la communauté musulmane, aujourd’hui présentée comme une force destructrice de l’enseignement obligatoire et de la neutralité de celui-ci. Pire est probablement de constater que la prose du « VIF » viendra également renforcer les sentiments de crainte, de rejet et d’incompréhensions mutuelles ; terreau de bien des maux de notre société. Enfin, il est important de prendre conscience que traiter de l’actualité ne peut justifier ce que, musulmans, nous aurions perçus comme une attaque vexatoire.

Pour Arnaud Van Praet, les faits rapportés par « Le VIF » ne sont pas le signe d’une volonté de la communauté musulmane de Belgique, ou d’une partie de celle-ci, d’islamiser nos écoles. Ils contribuent, par contre, à poser le constat que des réformes politiques peuvent voire doivent être menées afin de permettre à l’enseignement en Communauté française de mieux refléter la pluralité et l’interculturalité de notre société, d’être plus ouvert à la liberté religieuse et philosophique qui a sa place à l’école.

Nul ne niera que les milieux éducatifs peinent, aujourd’hui, à définir le rôle de l’enseignement neutre et des limites qu’il y a lieu d’y poser afin de garantir cette nécessaire qualité. Si certaines demandes, minoritaires, ne seront jamais conformes à celle-ci, d’autres paraissent, quant à elles, légitimes et admissibles, notamment lorsqu’elles sont liées aux pratiques habituelles de certaines communautés culturelles et conformes aux libertés individuelles.

Convaincue de cette nécessité de réformes, la Fédération des Etudiants Libéraux a mené, en octobre dernier, une première mission d’étude des politiques d’intégration des communautés culturelles au Québec ainsi que des « accommodements raisonnables » qui sont notamment pratiqués au sein des écoles. Et, dans les prochaines semaines, elle organisera un important colloque sur le thème du « fait religieux dans l’enseignement obligatoire » avec pour objectif de dégager des pistes de réformes qu’elle soumettra dans un mémorandum.

Communiqué de presse du Président de la FEL.

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  • Arnaud dit :

    Lire également la lettre au Vif du Député Richard Miller :
    http://www.richardmiller.be/blog/?p=19

  • Dorothee KLEIN dit :

    De : dorothee.klein@levif.be
    Envoyé : mardi 2 septembre 2008 15:05
    À : arnaud.van.praet@etudiantsliberaux.be
    Objet : RE: Communiqué de presse – Comment « Le VIF » fait percevoir l’Islam ?

    Monsieur,

    Le Vif/L’Express fait visiblement l’objet d’une charge libérale.
    Je vous remercie néanmoins de votre réaction. Et comme je l’ai écrit à Richard Miller, je respecte évidemment votre opinion, mais vous me permettrez de ne pas la partager.

    Le Vif /L’Express a consacré de nombreux articles et même un hors-série dont le but était de mieux faire comprendre l’islam à ses lecteurs. Il continuera à le faire. Il ne peut donc être accusé de « perception unilatérale et incomplète ».

    Vous reconnaîtrez aussi que le malaise dans la communauté musulmane était préexistant à notre dossier.
    Mais ma politique ne consiste pas à mettre la tête dans le sable. Il ne me paraît pas sain de faire l’impasse sur une réalité : oui, au nom de l’islam, certains voudraient que nos leçons d’histoire, de géographie ou de biologie soient réécrites. Cette dérive n’est pas acceptable. Le phénomène de ghettoïsation de nos écoles qu’on est toujours trop peu nombreux à dénoncer encourage ces phénomènes de dérapages.

    Je n’ai pas la prétention de vous convaincre. Mais il me semblait important de lancer le débat. J’ai la faiblesse de croire que mon point de vue est défendable et peut être utile à une réflexion pour l’amélioration de notre école.

    En vous remerciant de votre intérêt, très cordialement

    Dorothée Klein

  • Ahmed Rédissi dit :

    Bonjour,

    Comment l’Islam menace l’école :
    1) plus de porc dans les cantines ?
    2) absentéisme au cours de gym ?
    3) contestation du darwinisme ?

    je n’ai pas lu tout l’article, mais un tel titre ne donne pas envie de discuter avec l’auteur de cette article.

    cependant, dans ma grande bonté, je vais participer au débat.

    l’effet d’un tel article est peu louable, il creuse encore un peu plus le fossé qui sépare nos deux mondes, vous avez peur – nous sommes choqués.

    ne sachant pas si l’effet était voulu, ou la conséquence sans le vouloir, de votre raisonnement, je ne m’attarderai pas sur vos intentions, chose qui m’est par ailleurs interdite, en tant que musulman.

    ce qui me choque, c’est le manque de respect dans le dialogue que vous souhaitez établir. Vous souhaitez dialoguer avec le monde musulman, en le dénigrant, quelle bizarrerie.

    lorsque je souhaite établir un dialogue avec une personne, qui plus est m’est inconnue, je fais attention à mes mots afin de ne pas le vexer et faire tourner court à cette discussion.

    passons le manque de tact, venons en au fond.

    1) admettez-vous que les gens vivant sur cette planète avec vous, aient le droit d’avoir des principes qui ne sont pas les vôtres ?
    2) admettez-vous qu’ils considèrent ces principes comme inviolables, et qu’ils se battront pour les conserver si jamais on essaie de les contraindre à les briser ?
    3) admettez-vous qu’un musulman ou un hindou ou un juif… ait le droit de vivre dans le pays qu’il souhaite, sans qu’il ne soit contraint à violer ses principes ?

    mais au final la série de questions est sans fin, et la seule qui soit réellement à poser est :

    Admettez-vous que des gens, vivant avec vous sur cette terre, croit en un être suprême, créateur de toute chose, et qu’ils L’aiment ainsi que Ses prophètes plus que leur vie et qu’ils soient prêt à mourir pour que vous ne les obligiez pas à violer les principes qu’ils pensent venir de cet être suprême ?

    Si vous ne l’admettez pas, vous ne pourrez jamais comprendre ce qui motive un musulman dans son combat afin de vivre sa foi.

    Nous n’avons nulle envie de conquérir le monde, le monde à Son Maitre, et nous lui sommes simplement soumis. Nos coeurs se blessent lorsque vous injuriez L’Etre Suprême ou Ses prophètes, certains adoptent la voie de la violence, d’autres la voie du dialogue pour répondre à ses blessures, et au final, nous serons tous rassemblés, en un jour qui ne fait nul doute, afin qu’Il récompense les bienfaisants et qu’Il châtie les malfaisants. Que chacun oeuvre donc, à l’accomplissement de ce qui est écrit.

    J’atteste qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que Mohamed est son prophète.

    Au plaisir.

  • Fatima dit :

    Madame,

    Au nom de l’Islam certes, « certains voudraient que nos leçons d’histoire, de géographie ou de biologie soient réécrites », mais c’est aussi au nom de l’Islam que certains étudient la biologie, l’histoire ou tout le reste… On ne vous reproche pas d’avoir parlé de faits qui existent, on vous reproche d’en avoir fait une généralité!

    Combien de filles musulmanes ont refusé d’aller à un cours de biologie au nom de l’Islam? Et combien ont accepté d’y aller? On procède en généralisant dans des situations qu’il faut traiter au cas par cas! C’est ça le problème!

    Je suis musulmane, je suis voilée et je suis étudiante en sciences politiques. Les cours d’histoire sont mes préférés (même ceux qui traitent du darwinisme) et j’ai toujours assisté au cours de biologie en ayant des notes excellentes. Suis-je une exception?

  • Jean Chevrier dit :

    Mr. Rédissi,

    En l’occurrence, c’est vous qui amalgamez la critique au dénigrement, ce qui vous permet d’invoquer un manque le respect manque de respect comme argument ultime et bouclier contre une critique sociale. Il ne manquerait plus que le mot « islamophobie » afin de clore définitivement le débat… Tout ceci me rappelle un excellent article de Jean Baechler sur l’anti-racisme, antithèse nécessaire mais dangereuse du nazisme, qui en cloisonnant la dualité racisme,xénophobie/antiracisme,pluralisme empêche de traiter des problèmes exisants dans la coexistence de groupes culturels différents. Ceux-ci pourrissent et, comme les positions nuancées ne sont pas acceptables pour l’idéologie antiraciste, pousse vers le véritable racisme. Je vous en suis donc gré d’avoir refusé cette facilité et accepté une discussion que je ne vous refuserez pas.

    Je passe même vos railleries méprisantes qui interviennent alors que, de votre aveux même, vous n’avez pas lu l’article et que vous fustigez le manque de respect dans le dialogue.

    Et j’en viens donc à l’essentiel: vous commencez par demander comment l’islam menace l’école et vous citez des exemples que vous tenez manifestement comme grotesques. Vous devez comprendre que les questions que vous soulevez ont une portée bien plus large que les implications pratiques que vous railliez. Il faut pour cela se replonger dans les fondements même de nos sociétés libérales et dans leur avènement historique. Il s’agit, pour faire court, de la défense de laïcité en tant l’étanchéité de la sphère publique qui doit rester areligieux (non pour célébrer l’athéisme, mais pour laisser chacun y apposer ses croyances de manière libre) à la sphère privée qui reste libre à chacun dans le cadre des lois du pays (la nuance me semble ici p-e nécessaire).

    Notre société est fondée sur le principe de la liberté de choix, mais la constitution de cette société unique dans l’histoire humaine qui se refuse à imposer une fin exclusive à l’ensemble de celle-ci n’échappe pas aux forces politiques et doit comme toute société postuler sa survie comme préalable à sa constitution. Elle s’assigne dès lors deux limitations à son grand principe: il faut la limiter à l’exacte mesure qui permet de rendre possible la rendre possible et il faut la défendre contre toute tentation totalitariste (au sens véritable du terme). L’école est tenue de fonctionner comme institution de la sphère publique, selon des principes indépendant de la croyance.

    Vous posez ensuite 3 questions auxquelles je vais vous répondre:

    « 1) admettez-vous que les gens vivant sur cette planète avec vous, aient le droit d’avoir des principes qui ne sont pas les vôtres ? »

    Oui, je l’admets fort bien, tant que ceux-ci ne se font pas l’encontre de nos lois et ne menacent pas les principes fondamentaux que je viens de vous exposer. Je puis même donner des exemples précis: j’accepte et j’admire que vous décidiez de jeûner pendant 1 mois, mais je refuse que vous fassiez pression physique et moralement sur vos filles qu’elle n’épouse pas de non-musulman que ceci soit contraire à l’Islam ou non, il est intolérable (pour la société j’entends) que vous invoquiez une légitimité supérieur à la loi. Et si c’est le cas, car même si la loi et le Qoran sont majoritairement en accord, les cas de contradictions ( dans l’interprétation dominante càd littéraliste ) représentent une menace légitime pour la société et pour les interprétations qui seraient encore plus extrémiste, une menace mortelle.
    Vous ne pouvez donc pas aussi facilement vous moquer de notre préoccupation à l’égard de l’immigration des pays de l’islam.
    Je vous rappellerai aussi qu’en venant vivre dans notre pays ou en y étant né vous avez accepté de facto la loi comme principe supérieur et qu’il existe des pays où celle-ci est plus en adéquation avec le Qoran et qui plus est avec une politique d’immigration très conciliante.

    2) admettez-vous qu’ils considèrent ces principes comme inviolables, et qu’ils se battront pour les conserver si jamais on essaie de les contraindre à les briser ?

    Cf. la réponse précédente, je rajouterais la phrase suivante: Si vous avez des principes que vous considérés comme inviolables sachez que nous avons les nôtres comme par exemple la liberté d’expression et que nous sommes tout autant prêt à nous battre pour ceux-ci.

    3) admettez-vous qu’un musulman ou un hindou ou un juif… ait le droit de vivre dans le pays qu’il souhaite, sans qu’il ne soit contraint à violer ses principes ?

    Je vous répondrais encore une fois que cela dépend de ses principes: si ceux-ci contredisent les conditions mêmes de la liberté, non! Dans un effort d’objectivation expliquez-moi pourquoi les sensibilités de certains devraient, car ils y croient, contraindre la liberté d’autres, devenir le critère de légitimité ultime. Pour prendre un exemple volontairement outrancier: les adeptes d’une secte qui pratiqueraient l’abus des enfants en croyant sincèrement que cela est bon et juste. Doit-on les laisser faire? Evidemment que la situation est tout autre dans le cas de l’islam car c’est une religion d’un relatif bon sens et je serais tenter de dire avec un brin d’ironie que vous détenez la Vérité. Mais comme vous ne pouvez le prouver vous devez accepter les principes fondamentaux du pluralisme et du libéralisme ou bien … si vous êtes vraiment persuadé que ces toutes petites contradictions en valent la peine, vous mettre en guerre contre toute la société et imposer votre vérité.

    Pour conclure Mr. Rédissi, j’ajouterai trois choses, la première: sachez que je ne suis pas un athé intégriste, que je suis même chrétiens et que j’ai essayé d’apporter un point de vue le plus neutre possible. Ensuite, Soyez un bienfaisant mais soyez le avec lucidité et je vous conseil très amicalement de vous renseigner sur les raisons historiques ( et politiques ) qui ont fait que les prêches se sont radicalisés ces 30 dernières années, vous en serez peut-être étonné. L’Islam est la première religion de lumière et il me désole de la voir dans un tel état.
    Enfin, attesté que peu importe qui est peu importe quoi mais laissez aussi les autres attester de ce qu’ils veulent.

    Bien à vous,

    Jean Chevier

  • Sophie dit :

    Je ne trouve pas normal du tout de ne pas pouvoir manger de porc dans l’école dans laquelle je travaille ! Je suis choquée de constater que je n’ai pas le droit de manger ce que je désire dans mon pays d’origine ! Je n’ai pas constaté autant de compréhension de la part des pays musulmans que j’ai visités ces dernières années.
    A bon entendeur …

  • melanie dit :

    monsieur chevier a raison je ne vais pas réecrire le sujet, mais allez en iran a la descente d’avion vous devez mettre un voile sur vous, et nous le faisons puisque c’est la coutume du pays, mais ici personne ou très ^peu respecte notre manière de vivre

  • Arnaud dit :

    Chère Mélanie…

    N’est-ce pas un peu vite dit de vouloir appliquer en Belgique la même logique qu’un pays niant et refusant toute liberté individuelle comme l’Iran ?

    Qui plus est, je vous propose de parler de ‘votre’ manière de vivre car, en ce qui me concerne, j’estime vivre dans une société multiculturelle et ouverte où chacun doit pouvoir être libre d’exercer ses convictions philosophiques et religieuses. Pour rappel, cela est garanti dans les textes fondamentaux de notre pays… au contraire, certes, de l’Iran…

    Bien à vous,

    Arnaud

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