Décret paysage – 1 an après (septembre 2015)

Véritable chantier de réflexion, le Décret Paysage, porté par le Ministre Jean-Claude Marcourt, se voulait être un moyen de réduire l’éclatement du paysage de l’Enseignement supérieur, d’améliorer la lisibilité des programmes et la visibilité sur la scène internationale tout en réorganisant la gestion des établissements et leurs collaborations. En somme, une véritable réforme en profondeur.
Depuis janvier 2014, nous avons pu observer la mise en application des différentes mesures phares du « Décret Marcourt ». De l’ARES (Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur) en passant par les pôles et interpôles, sans oublier les nombreux changements méthodologiques et pédagogiques voulus. L’intégration de ces réformes s’est révélée bien souvent chaotique.
Les Étudiants Libéraux ont suivi avec intérêt l’évolution sur le terrain mais aussi les nombreux questionnements apparus dans la presse sur la politisation de l’ARES, l’abaissement du seuil de réussite à 10/20, les codiplomations ou encore le parcours académique « à la carte ». Une chose est sûre, l’année écoulée n’a pas dû être de tout repos pour l’équipe ministérielle en charge du dossier au vu des difficultés de compréhension, de coordination et de collaboration auxquelles ils ont dû faire face.
Le 24 juin 2015, après un an d’application de la réforme initiale, une nouvelle version du Décret Paysage a été approuvée par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La majorité PS-cdH l’a approuvé. Le MR et le FDF se sont abstenus. Écolo et PTB ont voté contre. Si la version officielle n’est pas encore consultable, nous avons tout de même une petite idée des changements qui devraient s’opérer.
Il est donc temps pour les Étudiants Libéraux de faire objectivement le point sur les différents aspects du paysage de l’Enseignement supérieur.

les topsLe gel du minerval
En 2010, des dispositions avaient été prises afin que le minerval reste fixé à 835€ durant 5 années consécutives. Arrivés au terme de cette période, nous sommes ravis que la nouvelle version du Décret prévoie de prolonger ce gel d’une année supplémentaire. Mais restons vigilants, qu’en sera-t-il dans un an ?

La seconde session
Désormais gratuite pour tous les étudiants, la seconde session est un coût en moins à prendre en compte dans le budget d’une année d’études supérieures.

Les résultats des examens
Fini l’attente interminable après les sessions d’examens, les résultats doivent désormais être rendus dans un délai d’un mois. Néanmoins, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas.

Un recours pour les étudiants absents
La première version du Décret précisait que la participation aux épreuves de janvier était une condition d’admission pour la session de juin niant ainsi la capacité des étudiants à organiser leur année académique sans oublier une légère hypocrisie puisque les étudiants n’auraient eu qu’à signer leurs examens.
La modification de cette mesure par rapport à la première version du Décret était essentielle. Dorénavant, les étudiants qui n’auraient pas présenté certains examens de janvier ont la possibilité d’introduire un recours afin de pouvoir passer les examens du mois de juin.

La réussite à 10/20
Cette mesure est sans doute l’une des plus controversées. Nivellement par le bas, mauvaise représentation sur la scène internationale, manque d’uniformité par rapport au Décret Bologne… Suite à l’année qui vient de s’écouler, nous pensons simplement qu’il s’agit d’une mesure inutile qui ne répond en outre à aucune demande puisque les étudiants et professeurs interrogés avouent n’avoir rien changé à leurs pratiques. Si la réussite des étudiants était l’objectif principal de cette mesure, il aurait été plus opportun d’améliorer l’aide à la réussite.

5 ans d’exclusion pour fraude
Depuis le mois de juin, les étudiants surpris à frauder encourent 5 ans d’exclusion de tout parcours dans l’Enseignement supérieur. S’il est vrai que responsabiliser les étudiants face à leurs actes est important, il faut éviter de tomber dans la condamnation à outrance. 5 ans d’exclusion est un délai beaucoup trop long. Laissons plutôt aux universités l’autonomie de statuer sur les cas.

La mise en place du Décret
Une réforme d’une telle envergure n’aurait pas dû être mise en place aussi rapidement. Il aurait été préférable d’organiser une mise en application par étape afin de favoriser la compréhension et l’organisation au sein des établissements. Même l’ARES, nouvelle organe dirigeant, a mis du temps à s’y retrouver. Mais au vu de la précipitation, il n’est pas étonnant d’avoir dû faire face à des problèmes d’organisation.

La réussite à 45 crédits
Le Décret prévoit la possibilité de passer à l’année supérieure malgré des cours ratés à condition tout de même d’avoir validé 45 crédits sur 60. Cette mesure ne fait que repousser l’échéance du problème sachant qu’un étudiant peut garder des crédits en suspens durant plusieurs années d’étude, empêchant parfois une véritable remise en question de l’étudiant.

Les unités d’enseignement
Ce système regroupe les cours sous forme de différents blocs. Si l’étudiant obtient une moyenne inférieure à 10 pour un bloc, il doit automatiquement repasser l’entièreté des matières qui lui sont liées y compris celles qui étaient réussies. Arrêtons les liens fortuits entre les cours ! Cela a récemment causé une explosion des deuxièmes sessions car un flou entourait ce point du Décret.

Les interpôles
Ces instances d’avis regroupent les établissements entre eux. Bien qu’il ne s’agisse pas de liens géographiques, le rôle des interpôles est relativement semblable à celui des pôles académiques. Il s’agit donc d’une lourdeur administrative inutile. Évitons le double emploi !

Le financement de l’Enseignement supérieur
Alors que la réforme est déjà en application depuis plus d’un an et demi, la question du financement de l’Enseignement supérieur est toujours absente du Décret. Les problèmes liés à l’enveloppe fermée n’ont toujours pas été abordés. Il est grand temps que cet aspect soit pris à bras le corps par le Ministre Marcourt.

Nous attendons maintenant la présentation officielle de cette nouvelle version du Décret Paysage et resterons évidemment attentifs aux changements qui suivront. D’ici là, les Étudiants Libéraux seront présents sur les campus afin de discuter avec vous de ces nombreux changements.

 


 

Réflexion sur le « décret paysage » du Ministre Marcourt (février 2014)

Jeudi 17 janvier, en fin de matinée, la nouvelle est tombée : un accord a été trouvé entre les partis de la majorité (PS – cdH – Ecolo) quant à la réforme du paysage de l’enseignement supérieur. Ce qui posait problème jusque-là, c’était essentiellement la question des pôles géographiques (4, 5 ou 7 étaient suggérés selon les partis politiques) ainsi que l’indivisibilité de la sphère Bruxelles-Brabant wallon soutenue par l’UCL. Au final, trois structures dessinent le nouveau paysage :

  1. une structure centrale unique sous la forme d’une Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) supervisant les deux autres structures et ayant pour mission de représenter l’enseignement supérieur au niveau national et international et d’en améliorer la qualité ;
  2. cinq pôles académiques (Brabant wallon, Bruxelles, Hainaut, Liège-Luxembourg et Namur) assurant une offre de services collectifs pour le personnel et les étudiants, des liens avec l’enseignement secondaire et en charge de l’information et de l’orientation des étudiants ;
  3. trois interpôles (Liège-Luxembourg-Namur, Bruxelles-Brabant wallon, Hainaut) pouvant proposer à l’ARES une évolution de l’offre d’enseignement de type court et détenant une compétence pour l’aide à la réussite des étudiants.

La réelle nouveauté, ce sont les interpôles !  Il est aussi question d’un système hybride pour l’année d’étude (60 crédits par année mais un programme à la carte si l’étudiant échoue), de cours délivrés dans une autre langue que le français qui passent à ¼ du programme, d’un seuil de réussite unique fixé à 10/20,…

Suite à ces évolutions, la Fédération des Etudiants Libéraux demeure soucieuse au vu de certains points :

  • Quelle est la plus-value réelle des interpôles ? Ceux-ci ont été créés pour contenter les différents partis politiques de la majorité mais cela ne fait-il pas double-emploi avec les pôles académiques qui, dès lors, ressemblent à des coquilles vides ? Que dire également de la lourdeur administrative que vont générer ces trois structures (ARES – pôles – interpôles) ?
  • Réformer implique nécessairement de financer une telle réforme mais aucune information précise n’a été donnée sur le sujet. Par conséquent, il existe une réelle difficulté pour évaluer cette réforme…
  • Si le pourcentage de cours dispensés dans une autre langue passe de 1/3 à 1/4, comment justifier cela quand il est question d’internationalisation de l’enseignement ? A noter également que cela constitue clairement un frein pour garantir une position concurrentielle à nos établissements d’enseignement supérieur !
  • 10/20 pour la réussite de l’année scolaire… Quel est l’intérêt réel ? Quelle cohérence avec Bologne ?

Gageons que les différents acteurs académiques et politiques qui doivent encore être entendus par le Ministre Marcourt auront l’audace de souligner ces quelques pistes de réflexion !

© Fédération des Étudiants Libéraux