Enseignement et démocratie

By 19/01/2009Libr' Expression

Max Weber a écrit que la politique est l’art de tarauder des planches de bois dur. Il voulait dire que parmi les qualités du politique, la persévérance occupe une place importante. Le « delenda Carthago » qui terminait chacun des discours de Caton, en est une illustration parmi les plus célèbres. Je ne me lasserai donc pas, toutes proportions gardées, de plaider pour la création dans notre enseignement secondaire d’un cours obligatoire pour tous les élèves, portant sur les valeurs de la démocratie, les principes de son fonctionnement, ainsi que sur la connaissance et le respect de l’autre.

Ce cours qui pourrait être appelé de « philosophie de la démocratie » aborderait notamment les différences culturelles, religieuses et philosophiques des cultes -et de la laïcité- reconnus par la Loi belge.

Je plaide pour un tel enseignement depuis des années, avec pour objectif principal que tous les élèves disposent de davantage d’outils de connaissance pour mieux appréhender et mieux vivre la diversité au sein de notre société ; celle-ci étant de plus en plus -qu’on le veuille ou non- multiethnique. Tous les arguments m’ont été opposés : statutaires, syndicaux, budgétaires, professoraux, organisationnels…Sans nier la validité de certains de ceux-ci, force est rappeler que le temps n’arrange rien : depuis une quinzaine d’années que la Communauté française réfléchit à cette problématique, la situation n’a pas cessé de se compliquer, voire de se dégrader. Les débordements haineux qui ont ponctué la manifestation à Bruxelles en faveur du cessez-le-feu à Gaza, l’ont bien montré ; de même que la multiplication des actes antisémites, des réactions islamophobes, des agressions violentes…

Si, pour ce qui concerne l’actuel gouvernement de la Communauté française l’échec du « décret inscriptions » restera le triste fleuron des atteintes contre l’enseignement et la liberté de choix des parents, il s’agit là de la partie la plus visible. En profondeur c’est la qualité même de l’enseignement qui a été mise à mal par le PS et le CDH ; c’est la confiance même que l’on pouvait avoir dans un enseignement axé sur les matières de base ; c’est la confiance même que l’on pouvait avoir dans la transmission des outils nécessaires aux enfants pour construire leur vie dans une société moderne et de plus en plus complexe.

Je suis stupéfait – et je suis certain que mon ancien collègue, Pierre Hazette, l’est tout autant- de constater combien Mme Aréna et M.Dupont ont laissé démunis et esseulés les enseignants. Or, ce sont ces enseignants qui, aujourd’hui, doivent surmonter les tensions croissantes entre groupes d’élèves, entre élèves et professeurs ou entre parents d’élèves et professeurs.

Durant les travaux parlementaires il m’a été répondu que ce n’est pas à l’école de suppléer toutes les carences de l’éducation ni à prendre sur elle tous les maux de la société. D’accord ! Mais quand on voit le temps consacré par les ministres socialistes successifs à s’occuper du poids des cartables ou des cannettes de limonade, quand on voit le temps qui doit être perdu par les chefs d’établissement pour corriger les conséquences du « décret inscriptions », je pense qu’il est urgent d’en revenir à l’essentiel : apprentissage des savoirs de base, remise au premier plan de l’effort et du travail, et éducation aux principes élémentaires de la vie en société. De la vie au sein d’une démocratie.

Richard Miller

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