Glyphosate : l’inévitable blocage

By 10/11/2017News

Hier, jeudi 9 novembre, les États membres de l’UE n’ont pu se mettre d’accord sur la durée du renouvellement du glyphosate, dossier épineux par excellence. Pour cela, nous pouvons remercier les neufs pays qui ont voté contre la proposition. Parmi ceux-ci, on retrouve la France, mais également la Belgique. Pourtant, le temps presse, et il ne reste que cinq semaines à l’Europe pour atteindre un accord sur cette question.

Mais au fait, quel est le problème ?

Au-delà du blocage à proprement parler, revenons un instant sur le glyphosate et sur la controverse qui le touche. Tout d’abord, le glyphosate est l’herbicide chimique le plus utilisé au monde, et il constitue le principe actif du Roundup. Ce dernier, principalement utilisé dans l’agriculture, n’est pas en reste en ce qui concerne l’usage dans les forêts et les potagers. Jusque-là, rien de bien méchant me direz-vous.

Sauf que, en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (OMS) classe le glyphosate comme faisant partie de la famille des « cancérigènes probables » – ni plus, ni moins. De son côté, deux autorités européennes – l’EFSA et l’ECHA – nient en bloc, et réfutent l’idée que le glyphosate puisse être synonyme de cancer. Le souci, c’est que ces rapports européens ont en leur sein … des pages reprises telles qu’elles d’un rapport de Monsanto sur la nocivité du glyphosate.

Ah oui, j’ai oublié de vous parler de la « charmante firme Monsanto qui ne vous veut que du bien » –  biffer la/les mention(s) inutile(s). Monsanto n’est autre que le géant des produits phytosanitaires, lequel détient le Roundup. En 2016, un procès citoyen – le Tribunal Monsanto – a été mené contre l’entreprise. Durant celui-ci, pas moins d’une trentaine de témoins, experts, victimes, et avocats auront été entendus. Les nombreux témoignages font état de « malformations des enfants, cancers, maladies respiratoires ou rénales, destructions environnementales, décès prématurés et longtemps inexpliqués. » Des mots qui font froid dans le dos. Le verdict est sans appel. Morceau choisi : « Monsanto se livre à des pratiques qui ont de graves répercussions sur l’environnement. » Même si ces conclusions n’ont aucune valeur contraignante juridiquement parlant, elles ont le mérite d’alerter un peu plus sur les agissements de l’entreprise.

Et que dire des récentes révélations du journal Le Monde du 4 octobre dernier : les Monsanto Papers (terme décidément en vogue) ? En fait, ces documents révèlent que Monsanto pratique l’écriture fantôme (ghostwriting). Pour faire simple, durant de nombreuses années, des textes/rapports produits par des employés de Monsanto ont pu être diffusés dans revues scientifiques ou de vulgarisation. Ces articles, pourtant réalisés par la firme américaine, étaient en réalité signés par des scientifiques, en échange d’une belle rémunération. Citons, par exemple, le cas des cinq études publiées dans le Critical Reviews in Toxicology, lesquelles auraient été modifiées, d’après ces investigations du journal Le Monde, par des employés de Monsanto. En somme, il s’agit là d’un pur cas d’illégalité, de fraude scientifique et de désinformation. Pourtant, ces révélations ne semblent pas ébranler la Commission européenne.

Et maintenant ?

Si le 15 décembre, un accord n’est pas trouvé au niveau européen, alors, ce sera au commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, de décider de l’issue de ce dossier, même si celui-ci n’envisage qu’une décision prise en commun accord avec les différents Etats membres. Finalement, comme le Ministre belge de l’Agriculture, Denis Ducarme, l’a déclaré dans un tweet, nous ne pouvons qu’espérer « un plan de sortie du glyphosate et le support européen au développement d’alternatives pour l’agriculture. »

A la FEL, nous sommes les premiers à mettre en avant les progrès de l’UE mais n’hésitons pas également à dénoncer les modes de prises de décisions inefficaces et incohérentes qui persistent au niveau européen (voir notre « Doctrine sur l’UE »). Dans ce cas-ci, le plan de sortie, tel que proposé sous forme de résolution non-contraignante par le Parlement européen, devrait être privilégié. Encore faut-il que la Commission et les États membres en tiennent compte.

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