Le renouveau de Bruxelles passera par la classe moyenne !

By 28/10/2018News

Quelques semaines après les élections communales et provinciales, l’heure est au constat. Si nous laisserons aux politologues le soin d’interpréter les résultats, on ne peut que remarquer l’impressionnante montée du PTB et d’Ecolo dans les zones urbaines au centre et sud du pays. Celle-ci nous parait être le reflet sociologique et démographique d’un malaise dans nos villes, et plus particulièrement en Région bruxelloise où le mal semble être plus profond.

Nos villes se paupérisent. L’exode des classes moyennes n’est plus un mythe.

Trois raisons justifient notre souhait de prendre comme exemple la Région bruxelloise pour le raisonnement qui suit. Premièrement, qui peut affirmer que la pauvreté n’est pas présente dans la capitale ? Personne ! Car les chiffres sont plus évocateurs, selon l’Observatoire de la Santé et du Social de la Région bruxelloise, un tiers des Bruxellois vit avec un revenu inférieur au risque de pauvreté (la Wallonie n’étant pas en reste également), tandis que les inégalités sont croissantes. Deuxièmement, le phénomène de la périurbanisation, bien que pas neuf, est grandissant. La classe moyenne ne fait désormais plus les vieux os dans la région. De cela, il en résulte une perte financière qui se compte en plusieurs dizaines de millions d’euros. Enfin, nous serions tentés de dire qu’il existe « plusieurs villes dans la ville », avec pour conséquences un manque de cohésion sociale et l’existence d’une fracture de plus en plus perceptible. C’est un fait, tous les Bruxellois ne vivent pas la même réalité.

Pour contrer l’exode, redonnons aux classes moyennes l’envie de revenir vivre à Bruxelles et faisons de Bruxelles un lieu où « tous les espoirs sont permis » !

  • Au niveau de la mobilité : « Chaotique » est le mot que l’on utiliserait pour la décrire, et ce grâce à l’inaction de son « ministre de l’immobilité ». On ne le dira jamais assez mais la Région de Bruxelles-Capitale mériterait une offre de transports en commun plus conséquente, plus professionnelle, plus adaptée aux réalités de ce siècle. Lorsque l’on se dit être la « Capitale de l’Europe », c’est la moindre des choses. De la même manière qu’il faut promouvoir la « mobilité douce » et l’intermodalité, lesquelles doivent permettre d’éviter les nombreux embouteillages, inlassablement présents à Bruxelles, et donc mettre en place des infrastructures durables et adéquates. On citera à simple titre d’exemple le RER ou encore les parkings de délestage aux entrées de la ville. Quant à la qualité de l’air (bien qu’elle ne soit pas exclusivement liée à la mobilité), elle doit être une priorité, tant elle est qualifiée de « médiocre » et qu’elle est responsable d’un nombre important de décès par an. Il est en effet grand temps de repenser Bruxelles pour ses habitants. L’idée d’un « péage urbain » a déjà été soulevée par le passé et le débat doit avoir lieu pour Bruxelles, ne serait-ce que pour penser une circulation plus fluide. D’autres capitales comme Londres ou encore Oslo ont sauté le pas. Bref, la mobilité est un tout. Repensons-la.
  • Au niveau de l’éducation : Toujours selon l’Observatoire de la Santé et du Social de la Région, un jeune bruxellois (18-24 ans) sur sept n’a pas obtenu son diplôme de l’enseignement secondaire supérieur, preuve que l’urgence est réelle. Le manque de place est criant et le nombre d’élèves ne fait qu’augmenter. Pas besoin d’être expert ou grand clerc pour faire le constat d’une offre défaillante en Région bruxelloise. Pour pallier ce problème, des établissements scolaires doivent être créées et ce, sans oublier de combler le déficit d’attractivité des écoles existantes. N’oublions pas non plus le décret inscription – ineptie que nous dénonçons sans sourciller – qui devrait au minimum être révisé voire supprimé. Si son objectif de base était louable (rétablir l’égalité), il ne l’aura finalement pas atteint. Par ailleurs, la règle du « premier arrivé, premier servi » bénéficie finalement à ceux qui sont les mieux informés au détriment des autres, et donc, potentiellement aux personnes les plus favorisées. En d’autres mots, un décret voulant effacer les inégalités promeut un système aux allures oligarchiques.
  • Au niveau de l’emploi : Si la baisse du chômage des jeunes bruxellois est continue, le taux (+/- 24%) reste considérable et interpellant. Face à cela, nous avons plusieurs propositions, également valables pour la Wallonie. D’abord, revalorisons les filières qualifiantes, lesquelles ne doivent plus être vues comme des voies de garage. En Belgique, il existe une forte demande pour les métiers en pénurie (ex. métiers du bois). Ce type de formation doit justement permettre de combler cette pénurie. Il faut créer des passions, augmenter la visibilité de ces filières/débouchés. Ensuite, renforçons le modèle de l’alternance « école-entreprise ». Prenons exemple de l’Allemagne et de la Suisse, certes différents de par leur histoire et leur culture, mais qui constituent et doivent davantage encore constituer des modèles ô combien inspirants pour un pays comme le nôtre. Un autre moyen de travailler sur l’emploi, c’est aussi de lutter contre les discriminations à l’embauche. Trop nombreuses pour certaines catégories de personnes, il est du ressort des pouvoirs publics de soutenir les initiatives et autres projets visant à réduire drastiquement ce phénomène.
  • Au niveau du logement : Bruxelles n’est pas Paris, mais le coût et la taille du logement constituent un frein pour bon nombre de personnes. Selon l’Observatoire des loyers de la Société de logement de la Région bruxelloise, un quart des logements publics et privés sont surpeuplés. Quand on sait que cela touche une partie de la population dite « précarisée », c’est évidemment inacceptable. Cette même population qui, bien souvent, doit endurer des conditions de salubrité intolérables. En matière de logement, les propositions ne manquent pas. Pourquoi, par exemple, ne pas proposer une prime au logement (à la manière de la « prime mobilité ») pour les personnes qui souhaiteraient habiter plus près de leur lieu de travail ? On réduirait ainsi le nombre de navetteurs et le besoin en mobilité. Enfin, repensons la politique d’aménagement du territoire et fiscale, laquelle doit avant tout contribuer au renouvellement de l’offre existante en logements. Si Bruxelles veut encore grandir, cela passera par une croissance verticale. Démolir quand cela est nécessaire et reconstruire, en faisant la promotion de l’habitat passif et à basse énergie, tout en poursuivant une cohérence urbanistique.
  • Au niveau de l’environnement : Les événements du 14 octobre le prouvent, le Belge est de plus en plus soucieux de l’écologie. C’est un signal on ne peut plus clair qui doit être pris en compte et qui aurait dû l’être depuis bien longtemps, par l’ensemble des décideurs. D’ailleurs, blague à part, ne trouvez-vous pas que l’argument du réchauffement climatique prend tout son sens lorsque l’on vote en bras de chemise un dimanche 14 octobre par 24 degrés ? Bruxelles n’échappe donc pas au débat écologique. A ce titre, vivre au sein de la « Capitale de l’Europe » ne devrait pas être vue comme un sacerdoce mais plutôt comme un endroit où il fait bon vivre. Combiner l’urbanisation à la durabilité, c’est possible. Et cela passe par un tas d’initiatives : l’économie d’énergie, la mobilité douce, la gestion responsable des déchets, la valorisation des paysages verts, la mise en place d’un urbanisme responsable, l’éco-innovation, etc. La liste est non-exhaustive, mais il s’agit là de petits pas qui doivent permettre de repenser la ville de demain. Les partis écologistes ne doivent plus avoir le monopole des questions relatives à l’environnement. La protection de l’environnement doit devenir une préoccupation transversale au travers des agendas politiques. Bruxelles doit en être. Ne loupons simplement pas le train en marche.

Telles sont les clés et les idées qui permettront à Bruxelles de relever les défis auxquels elle a à faire face actuellement. Il est grand temps de redonner l’envie aux classes moyennes de revenir vivre en ville et de faire prospérer la capitale. Faisons de Bruxelles un laboratoire d’idées, et stoppons l’hémorragie tant qu’il est encore temps.

Laurent Costas
Président de la Fédération des Etudiants Libéraux

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