En ces temps de crise mondiale de la finance se répand une tendance aussi inquiétante qu’imprudente, celle de l’amalgame de deux notions pourtant bien différentes : le libéralisme et le capitalisme.

Confrontée à ce phénomène, la Fédération des Etudiants Libéraux entend clarifier les choses afin de lutter contre une confusion propagée par certaines personnes peu scrupuleuses n’hésitant pas à jeter l’opprobre sur le libéralisme et lui faisant jouer le rôle principal dans ce mauvais film intitulé « la crise financière ».

Soyons clairs et directs : libéralisme et capitalisme ne peuvent s’amalgamer. Le libéralisme est une philosophie politique alors que le capitalisme est un outil. Parler indifféremment de l’un ou l’autre terme est donc particulièrement primaire.

Fort heureusement, plusieurs figures libérales se sont employées ces derniers jours à recadrer les définitions propres à chacune des notions.

Richard Miller, député wallon et philosophe, pointe très justement le fait que le capitalisme est une « technique économique, un instrument au service des gens » . Le libéralisme, par contre, « est un projet de société », « pleinement politique, comportant des aspects sociaux, culturels et économiques, son objectif premier est de garantir les libertés réelles dont dispose chacune et chacun » . La différence apparaît déjà bien éclairante…

Dans l’ouvrage intitulé « Qui a peur du libéralisme ? » , dirigé par Hervé Hasquin, on ne définit pas le libéralisme autrement. En effet, il y est décrit comme une doctrine politique, économique et comme un humanisme. Sa valeur primordiale est la liberté de l’Homme. L’Homme est non seulement libre, mais il est aussi autonome, responsable et personne n’a le droit de lui imposer des croyances, une morale ou une manière de vivre. Cela dit, celui-ci n’étant pas un être isolé, « le libéralisme ne peut valablement se déployer que dans le cadre de l’Etat de droit et de la démocratie » qui doivent assurer la liberté mais aussi la sécurité et l’égalité de tout un chacun. Il n’est donc pas question dans le libéralisme d’une volonté d’affaiblissement de l’autorité publique. La doctrine libérale soutient simplement l’idée qu’il existe des limites que l’Etat ne doit pas franchir. De plus, l’existence de normes est bien évidemment indispensable car si tout homme aspire à vivre libre, la liberté des uns cesse là où débute celle des autres.

Il est donc aisé de comprendre que le libéralisme couvre un champ d’action beaucoup plus vaste que le capitalisme qui est une technique de récolte de fonds privés et de création de richesse.

S’il est maintenant clair que les deux notions recouvrent des champs différents, cela ne revient pas à dire qu’elles s’opposent ! En effet, le capitalisme constitue la technique permettant au libéralisme de concrétiser ses positions économiques.

Cependant, les libéraux n’entendent pas laisser le capitalisme agir sans règles, sans modérations. Un capitalisme débridé ne saurait rencontrer les objectifs du libéralisme.

Certaines personnes soutiennent que les libéraux n’ont en Belgique jamais pris de dispositions légales permettant de réguler le marché. Encore une fois, c’est rigoureusement faux puisque ce sont, par exemple, les libéraux qui sont à l’origine de la création de la CBFA (la Commission bancaire, financière et des assurances) en 1935 et chargée de contrôler la plupart des institutions financières et des services financiers s’adressant au public.

Tout esprit libéral prônant une intervention étatique efficace, quand cela est nécessaire, il n’a rien d’étrange ni de paradoxal à ce que les libéraux encouragent une intervention publique de régulation afin d’endiguer au plus vite les conséquences fâcheuses de la crise.

Le libéralisme n’est donc absolument pas responsable de la crise financière que nous connaissons actuellement. Le libéralisme n’en est pas plus à sa fin. Cette crise n’est pas, n’en déplaise à certains, celle du libéralisme.

Et que ceux qui blâment le libéralisme et le capitalisme méditent sur les conséquences gravissimes émanant d’autres doctrines et d’autres systèmes économiques…

[par Jean-Yves Segers, Secrétaire général des Etudiants Libéraux]