L’ULB et la Liberté de penser autrement ?

By 05/03/2007Communiqués

L’ULB a-t-elle bien choisi sa cible pour mettre à l’épreuve sa nouvelle version du libre examen ? Si Tariq Ramadan est connu pour ses ambiguïtés douteuses, son double discours, sa critique de la laïcité, il n’a jamais été mis en cause pour incitation à la haine, antisémitisme ou négationnisme. On cherche donc ce qu’il y avait de « munichois » à le laisser s’exprimer dans le cadre d’un débat contradictoire organisé par un cercle de l’ULB, qui plus est dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme. Autoriser une opinion n’est pas l’approuver, chercher à comprendre n’est pas excuser.

L’attitude de l’Université est emblématique de notre époque et des inquiétudes générées par la montée de l’islamisme radical. Il est vrai qu’après des siècles passés à lutter contre l’intolérance de l’Eglise catholique, il y a pour les libre penseurs quelque chose de consternant à la voir ressurgir sous une autre bannière. Mais la rationalité humaniste n’a pas eu besoin de censurer les curés pour triompher. Sa seule arme fut l’acide de la critique, le même qui finira un jour par dissoudre l’islam conservateur. D’où la censure omniprésente dans le monde musulman. Alors pourquoi lui emprunter ses méthodes ? Dans cette affaire, chacun clame sa liberté et refuse celle de l’autre. L’ULB interdit une conférence de Tariq Ramadan, qui a lui déjà fait interdire une pièce de Voltaire au nom des musulmans injuriés. Au moins ce dernier a-t-il la cohérence de ne pas se revendiquer du libre examen.

Une fois de plus les notions de « vivre ensemble » et de « valeurs » sont appelées au coeur du débat. Elles ne se confondent pas. La première implique le respect de la liberté et de l’intégrité d’autrui, ce qui n’est pas insignifiant. Il en découle l’interdiction de l’injure, de l’incitation à la haine, du racisme, de la censure aussi. Mais cela ne peut aller plus loin, sauf à considérer que « vivre ensemble » signifie ne jamais choquer personne, que ce soit du côté laïc ou religieux.

Quant aux valeurs, desquelles parle-t-on ? L’ULB répond les droits des femmes, des homosexuels, la laïcité, la démocratie, etc. Il s’agit en fait de son idéologie rationaliste, humaniste, progressiste. Ces valeurs sont effectivement celles qui devraient idéalement primer dans notre société et l’ULB est parfaitement en droit de clamer qu’elles sont supérieures aux obscurantismes et aux conservatismes de toutes sortes. Mais quelle dose d’ethnocentrisme faut-il pour considérer que ce soient les seules ? Et a fortiori les seules exprimables ?

arce qu’elle est au coeur de notre système normatif, la philosophie des droits de l’Homme est imposée quotidiennement au respect de tous. Elle a toutefois la particularité d’accepter la critique, le doute, la remise en cause. D’où sa grandeur et ses misères et qu’elle perdrait sa substance en devenant un dogme de plus. Que ne faudrait-il pas interdire alors ! Tocqueville et sa critique de la démocratie, par exemple. Ou plus proche de nous, ceux qui contestent encore le mariage et l’adoption par les homosexuels.

Et effectivement la machine est en marche. Les contraintes liées à l’organisation de conférences à l’ULB s’accumulent. Le filtrage s’organise. Une conférence intitulée « Voir le Sida autrement » a été récemment annulée. Le motif de cette censure, intervenue 48 heures avant la conférence, est que les positions du conférencier, professeur agrégé de l’ULB, font l’objet d’une controverse scientifique ! Depuis quand a-t-on peur de la controverse à l’ULB ? Sans doute depuis que les autorités académiques affirment vouloir protéger leurs ouailles des « conséquences sociales et psychologiques que provoquent sur les esprits certains discours ». Il fut un temps où l’exigence était plutôt de former des esprits critiques et indépendants.

L’ULB nous dit que l’heure n’est plus au doute. Face aux menaces nouvelles, le progrès doit désormais s’imposer de force jusque dans les esprits. A l’image de la démocratie américaine qui sacrifie ses principes en essayant de les défendre, l’ULB est en passe d’enterrer sa liberté de conscience. Les autorités ne veulent ni de Munich, ni de la Chasse aux Sorcières. Veulent-elles d’un Guantanamo intellectuel ?

 

Jérémy Zeegers-Jourdain, Président des Etudiants Libéraux de l’ULB

 

Arnaud Van Praet, Président national des Etudiants Libéraux

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