Massification et sous financement des études supérieures : à deux problèmes, une seule solution ?

By 17/07/2018News

Le 21 juin dernier, le Vif l’Express, titrait en couverture : « Faut-il limiter l’accès à l’Université ? » La question est impertinente et politiquement très incorrecte. De quel droit limiter un adolescent dans ses choix de vie est-il tolérable dans notre société d’égalité des droits de chacun ? En fait, le problème ne réside pas tant dans la question elle-même que dans le fait de devoir la poser.

Les différents acteurs de l’enseignement s’étripent littéralement à coup d’arguments et de contre arguments, tournant parfois à l’hypocrisie ou à la langue de bois.

La seule raison que l’on nous oppose à cela depuis des années, elle est économique. Redoubler coûte trop cher, mais c’est l’enseignement, et on le sait depuis longtemps, qui coûte très cher. Plusieurs milliards sont investis chaque année dans les salaires, les bâtiments, les frais de fonctionnement, les primes, les bourses, etc. Pourtant, réduire l’accès aux études à un problème économique est un peu court voire simpliste.

Comment expliquer le taux d’échec, abyssal et sans cesse croissant, existant en Fédération Wallonie Bruxelles, spécifiquement au niveau des études supérieures ?

Plusieurs explications existent et ont le mérite d’être pertinentes.

Tout d’abord, selon l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur), il faut sortir des ornières idéologiques par des propositions pragmatiques et réalistes. Celles-ci reposent essentiellement sur le refinancement de l’enseignement, l’autonomie mais surtout des tests d’orientation obligatoires et parfois contraignants à l’entrée des études supérieures. Une sélection au sortir des études secondaires (puisque dans notre pays à l’inverse de l’Allemagne ou de la France, nous ne disposons pas d’une mise à plat des compétences et des connaissances de nos élèves) permettrait selon la dite Académie de diminuer le risque d’échec en 1ère. Par ailleurs, vouloir déterminer la justesse d’une orientation universitaire avant le début de ce long cursus est, semble-t-il, également légitime pour les recteurs des différentes universités francophones.

Cette filtration souhaitée (mais souhaitable) a provoqué la levée immédiate des boucliers des associations étudiantes, des syndicats étudiants voire des parlementaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui estiment par ailleurs que même si ce système assurerait une plus grande réussite des étudiants, il exclut tous ceux qui n’ont pas acquis le même niveau en sortant du secondaire.

Ensuite, pour d’autres, le problème résiderait plutôt dans la faiblesse du niveau des secondaires en FWB. Les élèves d’aujourd’hui ne sont plus armés pour suivre avec succès le niveau d’exigence de l’université. Et le nouveau Pacte d’excellence, promis par la ministre de tutelle mais voué aux gémonies par les acteurs de terrain, ne risque pas d’améliorer le niveau actuel, malgré toutes les promesses, déclamées la larme à l’œil, de la fin des inégalités et de la médiocrité.

Selon nous, ce fort taux d’échec en première année est avant tout dû à l’incapacité des jeunes à s’orienter et à se positionner par rapport à un futur inconnu jusqu’alors. Cette situation, regrettable tant pour la famille, l’étudiant et l’État, doit être évitée, ou à tout le moins être rendue moins fréquente.

Alors qui a raison et qui a tort ?

Selon les spécialistes de la pédagogie et de la psychologie, tout serait quantifiable et mesurable, permettant ainsi une orientation parfaite des candidats à la sortie du secondaire vers la branche la plus adaptée. Mais, dans ce cas précis, que fait-on du libre arbitre ? Que fait-on du choix de chacun d’essayer une branche qui, de prime abord, ne lui conviendrait pas mais qu’il peut réussir par le travail et l’effort ? Qu’en est-il de la possibilité de s’éveiller à une matière nouvelle et inattendue dans un cursus difficile ?

La solution réside probablement un peu dans chacun des points de vue. Le niveau d’étude du secondaire est devenu lamentable en termes de lecture et d’abstraction. D’ailleurs, en mai 2017, nous avions exprimé notre accord avec le diagnostic posé dans l’avis n°3 du groupe central chargé d’élaborer le Pacte pour un enseignement d’excellence. Ceci n’empêche que nous sommes beaucoup plus perplexes face aux remèdes proposés (la FEL fait son Pacte), et pensons qu’il ne suffira pas à combler les nombreuses lacunes. À force de simplifier au nom de l’égalité, il ne faut pas s’étonner du nivellement par le bas qui s’opère. Il est certain que l’enseignement (maternel, primaire, secondaire, supérieur) va mal. Mais vouloir le réformer à coup de tests et de calculs/projections économiques, ne peut fonctionner et est, par définition, voué à l’échec. En effet, comment objectiver ce qui, par définition, est subjectif ?

Comment est-il possible qu’un élève lambda sortant du cursus de 6 années proposés par la FWB, quel que soit le réseau, soit très (trop) souvent incapable de faire preuve d’esprit d’analyse et de sens critique face à une difficulté ? Le but de l’enseignement secondaire de type transition est bel et bien de préparer aux études supérieures.

Dès lors, si un élève est préparé correctement, un test d’orientation devient caduc puisqu’il sera armé pour faire face aux pièges sur sa route.

La question qu’il faut donc se poser n’est pas celle de savoir s’il faut filtrer l’entrée à l’université mais bien de la qualité de ces mêmes études. Les enseignants « hurlent » dans toutes les langues depuis plusieurs années pour un retour aux critères d’exigences de la formation. Mais la réponse apportée a été plus de facilité pour les élèves et moins d’exigences.

Un test ? Oui mais non…

C’est bel et bien l’histoire du serpent qui se mord la queue. Sans une remise en question fondamentale du niveau des études secondaires, nous ne ferons, quoi qu’en dise l’ARES, que reporter le problème de quelques années. Car ce test, même s’il est obligatoire et contraignant, même s’il permettra une meilleure orientation des étudiants dans des cursus qui leur correspondent mieux, ne permettront pas d’améliorer la qualité de la formation universitaire. Ce qui en est le but premier. Ceci étant, il faut se rendre à l’évidence : il faudra plusieurs années avant que le niveau secondaire atteigne un niveau d’exigence suffisant pour préparer correctement au supérieur. Dès lors, en attendant et de manière temporaire, la mesure envisagée par les tests d’orientation semble la seule à peu près pertinente dans le marasme que constitue aujourd’hui les études secondaires. Nous ne pouvons laisser plusieurs générations d’étudiants risquer un ou plusieurs échecs dès la sortie du secondaire.

De facto, à la Fédération des Étudiants Libéraux, nous soutenons l’instauration d’un test d’orientation obligatoire, à la fin du secondaire, mais par contre, nous le voulons non contraignant. Le choix des études supérieures est un acte empreint de responsabilité et de réflexion, le premier d’une longue série dans la vie d’un jeune adulte. Avec un tel test, l’étudiant serait, in fine, toujours libre de ses choix. Nous défendons grandement ce principe de liberté et nous ne souhaitons pas restreindre l’accès aux études ou nous immiscer dans le choix des étudiants. En revanche, il est clair que grâce au test, l’étudiant pourrait être conscient de ses lacunes, et mettre tout en œuvre pour les combler. En outre, s’il est bien pensé ce système pourrait déboucher sur un suivi personnalisé (par un service spécifiquement mis en place dans ce cadre), des cours de remise à niveau dans les matières jugées lacunaires intégrée à la première année de baccalauréat, ou si les lacunes constatées s’avéraient trop importantes, faire l’objet d’une année propédeutique qui engrangerait les compétences et connaissances nécessaire pour débuter sereinement le cursus visé. Mais on le répète, ce test ne doit pas faire partie d’un tout, et n’est pas une fin en soi, car il ne comblera pas le déficit de qualité de notre système éducatif. Aussi, il ne doit pas cacher les nombreux autres dysfonctionnements dans l’enseignement, comme la question du refinancement par exemple, déjà pointés du doigt par la FEL dans le passé.

Alors, faut-il filtrer l’accès à l’université ? Chacun se forgera son opinion, mais le débat est lancé. Et il est loin d’être terminé…

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