Signes religieux à l’école : il est grand temps que les autorités compétentes assument leurs responsabilités !

By 09/04/2009Libr' Expression

La récente décision du Conseil d’Etat de déclarer irrecevable la demande du MRAX d’annuler les points des règlements d’ordre intérieur des athénées de Gilly et de Vauban interdisant depuis la rentrée 2005 « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement » relance la polémique sur les signes religieux à l’école.

En novembre 2007, trente intellectuels, enseignants, hommes et femmes engagés en politiques ou simples citoyens lançaient une pétition qui, devant la recrudescence recrudescence des exigences religieuses ou dites telles à l’école, demandait aux responsables politiques et aux ministres compétents en matière d’enseignement d’interdire tout signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse dans le cadre scolaire et de mettre tout en œuvre pour préserver l’école des tentatives d’immixtion du religieux dans le contenu des enseignements et les critères d’organisation de la vie scolaire. Cette pétition fut très rapidement cosignée par plusieurs milliers de personnes, et donna naissance à la création du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque . Mais il en fallait plus pour décider nos ministres compétents à prendre une décision qui, pour être de bon sens, n’en risquait pas moins de leur attirer les foudres d’une partie de leur électorat.

Aujourd’hui, le Conseil d’Etat vient à son tour de se prononcer, rappelant fort opportunément que non seulement interdire le port de signes d’appartenance religieuse à l’école n’est pas discriminatoire, mais que cela contribue au contraire à lutter contre les discriminations, rejoignant donc parfaitement l’objet social du MRAX. Nous réitérons notre appel aux responsables politiques pour qu’ils sortent enfin de leur silence et prennent leurs responsabilités.

La question de la mainmise des pouvoirs religieux – institués ou non – dans la sphère scolaire », en effet, n’est pas, contrairement à ce qu’avait prétendu la ministre Marie Aréna en son temps, une question de « projets pédagogiques contrastés, consacrés par des règlements d’ordre intérieur différents, ce qui permet aux parents et aux élèves de faire le choix de l’établissement qu’ils estiment le plus adapté à leurs aspirations ». 

La question des signes religieux à l’école concerne au contraire la manière dont se conçoit l’enseignement bénéficiant de subsides publics, et ne peut donc être laissée à la responsabilité exclusive des chefs d’établissements que l’Etat abandonne par là à toutes les pressions. De la même manière, des questions telles que la place des convictions philosophiques au sein de l’école ou l’application des principes de mixité sociale et des sexes – notamment l’égalité en droits et en devoirs des hommes et des femmes – constituent des questions politiques essentielles qui doivent être tranchées par la puissance publique et le pouvoir politique, garants des valeurs fondatrices de notre société. 

Enfin, laisser les écoles décider souverainement en la matière, c’est contribuer au renforcement de la dualisation de l’enseignement au nom de la coexistence de « projets éducatifs contrastés ». C’est accepter qu’au lieu de protéger les consciences des élèves, l’école puisse souscrire à des pratiques qui, sous couvert de religion, visent la contestation de l’égalité et de la mixité.

Pour toutes ces raisons, et parce que l’immixtion du religieux ne se manifeste pas que dans la sphère scolaire, mais touche l’ensemble de la sphère institutionnelle, nous lancerons prochainement un appel aux hommes et femmes politiques de ce pays, concernant leur attachement à la défense des valeurs laïques. La Belgique a en effet un urgent besoin de laïcité, sous peine de voir de plus en plus le vivre ensemble et la cohésion sociale menacés par ceux qui refusent la séparation du droit et de la foi, mettant les prescrits religieux au-dessus de tout.

  

Nadia Geerts
Claude Javeau
André Nayer
Jacques Lemaire
Abdellatif Mghari
Lara Herbinia
Philipp Bekaert
Guy Haarscher
Philippe Schwarzenberger
Jamila Si M’Hammed
Georges Verzin
Farouk Boustami
Philippe De Menten
Sam Touzani 
Chemsi Cheref-Khan 
Pierre Van den Dungen 
Mohammad Zahedi  
Yvan Biefnot
Bahareh Dibadj  
Dominique Celis
Gisèle De Meur  
Elie Cogan 

                                                                                                                

Les cartes blanches publiées dans l’espace Libr’expression ne reflètent pas forcemment les vues de la Fédération des Etudiants Libéraux. 

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