BLUE LINE / « Trop gouverner est le plus grand danger des gouvernants » – Démocraties illibérales et populisme

By 30/06/2021News
Par Nicolas Kowalski

Comment les démocraties illibérales et le populisme, deux dangers en plein essor, sont-ils en train de gangrener notre démocratie qui est assurément plus fragile qu’elle n’y parait ? Pour les comprendre et lutter contre ces menaces, nous devons nous questionner sur des phénomènes qui mettent en péril notre démocratie. Ces enjeux sont d’autant plus importants pour nous, les jeunes, car nous avons encore toute une vie à vivre dans ce siècle qui s’annonce plus mouvementé que jamais.

À l’heure de la communication de masse, des tweets à conséquences géopolitiques, à l’heure où les partis populistes font office de normes dans certains pays, nous pouvons nous demander si la démocratie en Europe est en danger et surtout à quel point elle l’est. En effet, il y a en Europe des coalitions gouvernementales formées par des extrêmes, une démocratie illibérale qui pullule, et plus inquiétant encore, une présidentielle française qui s’annonce plus déterminante que jamais pour un des six pays fondateurs de notre Union. Aujourd’hui, il ne faut pas plus de deux minutes sur les réseaux sociaux pour être submergé de discours extrémistes de gauche comme de droite. Un des débats les plus flambants dans nos démocraties occidentales actuelles est de savoir si nos gouvernements sont ou non assez démocratiques en raison des mesures sanitaires prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19 qui restreignent nos libertés. N’est-il pas de notre devoir de se détourner de ces accusations faciles et de regarder dans quelle mesure les failles démocratiques sont présentes depuis bien plus longtemps chez certains de nos alliés européens ? N’est-il pas de notre devoir de faire la part des choses entre des mesures sanitaires dictées par la raison et des restrictions sur les vrais droits fondamentaux que sont la liberté intellectuelle, philosophique, politique, la liberté de la presse, les droits des personnes LGBTQ+, de même que la protection des minorités ethniques et religieuses ? La démocratie est-elle seulement le respect du processus démocratique ou est-elle plus profondément liée à des valeurs morales fondamentales ? Cette question impérieuse nait de deux phénomènes…  

La démocratie illibérale

La majeure partie du monde est d’accord pour dire que la démocratie est le « bon » système de gouvernance. Cependant, il faut dissocier le processus démocratique de la démocratie. Un pays peut élire des gouvernants par un processus tout à fait démocratique sans pour autant être une démocratie. En effet dans l’histoire, et cela se répète actuellement dans certains pays d’Europe, « l’essor de la démocratie va souvent de pair avec l’hypernationalisme ». 

Ce fait peut être illustré avec ce qu’il se passe en Europe de l’Est. Le parti de Viktor Orban est dangereux pour la démocratie en Hongrie. Ne s’en cachant même pas, le leader conservateur ne souhaite pas une démocratie libérale pour son pays, mais bien une démocratie illibérale. La Hongrie y revendique son appartenance depuis 2014. Preuve de son inadéquation avec les valeurs prônées par la démocratie libérale, le Fidesz affirme être totalement opposé à la migration et veut aller vers la défense des « vraies » valeurs conservatrices, ce qui signifie pour lui la prohibition du mariage gay et la valorisation sans équivoque qu’une famille doit être composée d’un père et d’une mère. Son parti a quitté le PPE, son groupe au parlement européen, pour ne pas être humilié par une expulsion. Après des années de laxisme, le PPE ne pouvait plus fermer les yeux sur le Fidesz. À première vue, Orban a été élu via un processus démocratique respecté. Devons-nous pour autant légitimer son pouvoir toujours plus grand ? Cet exemple hongrois illustre bien que la démocratie est fragile et que les libertés sont un privilège. Être le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple au sens du Président Lincoln n’est pas suffisant, une démocratie ne peut l’être que si le libéralisme constitutionnel est à la base de la politique suivie du pays qui se revendique démocratique.

Le populisme 

Légitimés par des prétendues vérités que les politiciens traditionnels cachent au peuple ou profitant de sujets sensibles pour noyer de mensonges les électeurs, les populistes représentent une grande menace pour nos démocraties. Sur les réseaux sociaux, Marine Le Pen n’a pas hésité à critiquer la campagne de vaccination en France la qualifiant de « Waterloo vaccinal ». Devons-nous nous demander si nous trouvons normal qu’une candidate à la présidence d’un pays voisin compare un plan de vaccination pour sauver des milliers de Français à la chute d’un des plus grands conquérants et nationalistes de l’histoire de France ? Devons-nous aussi parler des milliers de tweets d’un ancien président de la première puissance mondiale qui n’a pas hésité à contester des vérités en faisant croire à des millions d’Américains des aberrations par des phrases faciles à comprendre ? Les populistes sont très dangereux et ils ont souvent un vrai projet politique sous-jacent à leurs discours qu’ils dissimulent dans leurs interventions publiques.

Selon Nadia Urbinati de l’université de Columbia, « le populisme n’est pas une idéologie, c’est un instrument de conquête du pouvoir ». Mais si  le populisme est un instrument de conquête du pouvoir n’est-il pas aussi un moyen de parvenir à ses différentes fins politiques ? C’est pourquoi la distinction entre populisme de droite et de gauche est très fine. Le populisme est un phénomène qui a lieu partout. Prenons l’exemple de notre pays, la Belgique, nous sommes probablement tous d’accord pour dire que le PTB et le Vlaams Belang ont des objectifs et des projets diamétralement différents dans leurs programmes politiques. Cependant, leurs moyens de percer aux élections sont les mêmes. Les deux partis dépensent des sommes colossales pour que leurs publications, souvent mensongères, apparaissent en priorité sur le fil d’actualité des jeunes électeurs. De surcroit, leurs résultats aux dernières élections étaient particulièrement élevés. Une solution pour lutter contre ce problème serait une meilleure éducation politique de la population. En effet, obnubilée par les réseaux sociaux et le divertissement de masse, une partie de la population se désintéresse complètement du débat politique et lorsqu’un problème social, économique ou sanitaire surgit, elle prend la voie de la facilité en se réconfortant dans un discours simple à comprendre. Or, la politique ce n’est pas simple, les enjeux économiques, sociaux et sanitaires auxquels nous faisons face sont tout sauf simples. C’est par le dialogue, non pas par la manipulation du citoyen, que notre démocratie doit être maintenue pour aller de l’avant. 

En somme, face à ces deux menaces que sont les démocraties illibérales et le populisme, gardons à l’esprit que des alternatives existent. Nous devons apprendre à vivre dans un monde qui est très différent de ce qu’il était auparavant. Entrons dans cette nouvelle ère numérique du tweet et des réseaux sociaux pour discuter avec le citoyen, pour rétablir la confiance parfois perdue. Le citoyen ne se reconnait plus toujours dans les partis politiques traditionnels pour diverses raisons notamment dues à une communication parfois en décalage avec la réalité du quotidien. Les citoyens sont donc tentés de se ranger derrière un leader qui a les justes mots pour appuyer là où ça fait mal et qui arrive à séduire l’électeur. Les jeunes, et en particulier les jeunes libéraux, n’ont-ils pas le devoir de placer le maintien de la démocratie comme une des priorités du débat politique d’aujourd’hui et surtout, de demain ? ν

 

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