La pénurie s’aggrave et tartine les pages des journaux. Or, la recette proposée par les politiques pour redonner aux professeurs le goût de l’école doit encore mijoter.

La pénurie des professeurs infuse surtout dans l’enseignement secondaire et pour certaines matières comme les langues première et seconde, les mathématiques, les sciences ou la géographie. Elle gélifie aussi principalement dans les grands centres urbains et dans les écoles réputées « difficiles » où les conditions de travail sont considérées comme pénibles. Et à l’instar d’un nappage qui s’étale, celle-ci se répand et touche de plus en plus d’établissements. Hélas, la problématique ne va pas en s’améliorant car tandis que beaucoup de jeunes professeurs partent endéans les cinq ans, les étudiants délaissent les formations au métier de l’éducation.

Face à cette pénurie, des parents se tournent vers les cours particuliers, certains établissements scolaires font même appel à des sociétés privées. D’une part, cette solution réservée au gratin coûte cher et invalide l’idéal de gratuité de l’enseignement ; d’autre part, ces coachs achetés sous cellophane n’ont pas été formés pour donner les cours qu’ils dispensent.

Des remèdes sont alors maladroitement apportés sur un plateau… En effet, il est possible d’octroyer des titres de pénurie à des candidats bleus cuits sur le grill. Mais si ces candidats excellent dans leur domaine, qu’en est-il de leur formation pédagogique ? Il est également envisagé de faciliter le retour au métier pour des personnes qui ont précédemment quitté la profession. Mais si ces dernières sont parties, qu’en est-il de leur enthousiasme à remettre le couvert ? Il est enfin prévu d’encourager les enseignants à prester des heures supplémentaires avec avantages fiscaux. Mais si l’idée est appétissante, qu’en est-il de la quantité et de la qualité de travail ? Ces solutions à l’emporte-pièce ne donnent-elles pas naissance à des enseignants fort peu dans leur assiette qui jettent rapidement l’éponge ?

Cette pénurie s’explique notamment par le fait que la majorité des enseignants ne se sentent pas considérés, soutenus ou reconnus par l’institution scolaire, la société ou les politiques. Ils sont pris dans le donut vicieux du nombre d’élèves par classe qui augmente car il n’y a pas assez de professeurs et des professeurs qui partent car il y a trop d’élèves. Ils sont souvent perçus comme des barmans faisant avaler aux élèves la lie du savoir à coup de photocopies, ou pire, comme des budgétivores profitant des deux délicieuses garnitures que sont juillet et aout. Ils ont perdu la position sacralisée du « maitre d’école », leur charge de travail est sous-estimée et le constat est amer.

Les politiques en sont conscients et une réflexion pour rendre la profession plus alléchante est mise sur le feu. La réforme à la formation initiale des enseignants en herbe, postposée d’un an, est une bonne initiative. Cependant celle-ci valorise les études et donc les détenteurs du diplôme et non le métier, la fonction en tant que telle. L’idée de permettre aux enseignants expérimentés d’aménager leur fin de carrière en mettant leur expérience au profit de leur école tout en réduisant leur temps de travail face à la classe est à nouveau une piste intéressante. Néanmoins, à court terme, loin de régler le problème de la pénurie, elle risque de l’accentuer.

Il semble donc que ces réponses sorties trop tôt des fourneaux ne sont pas assez gonflées pour faire monter le soufflé et que le Pacte d’Excellence doit encore étuver avant de devenir un plat chaud prêt à servir.

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